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Mami Wata

La mère des eaux

Entrée n° 013 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 7 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Mami Wata est une figure religieuse des eaux, honorée sur les côtes d’Afrique de l’Ouest et du Centre et dans les diasporas, souvent représentée en femme d’une grande beauté, parfois en sirène, un serpent enroulé autour du corps. Son nom vient de l’anglais « Mammy Water », la mère des eaux, et son image s’est fixée à la fin du XIXᵉ siècle, sur des traditions des eaux bien plus anciennes.

Au temple de Sakété, ce que je dis de Mami Wata

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Mami Wata est un sujet sur lequel beaucoup de choses fausses circulent. On la présente parfois comme si elle était une divinité exclusivement béninoise, très ancienne et identique partout. Je ne la présenterais pas ainsi. Mami Wata est une figure religieuse liée aux eaux, qui s’est largement diffusée sur les côtes africaines et dans les diasporas[1].

Les traditions liées aux eaux du Bénin sont, elles, bien plus anciennes, et il faut distinguer les anciennes traditions africaines liées aux eaux, et la forme historique particulière sous laquelle le culte de Mami Wata s’est développé et diffusé. C’est pour cela que je ne dirais pas : « Mami Wata est un vodun béninois vieux de plusieurs milliers d’années. » Cette affirmation est trop simple.

L’essentiel

  • Mami Wata est une figure des eaux parmi d’autres puissances de l’eau, qui ont chacune leur tradition.
  • Son image vient d’une gravure imprimée à Hambourg dans les années 1880, puis s’est enrichie d’images venues d’Inde.
  • Elle est ambivalente : prospérité et beauté, mais aussi danger, exigence et secret.

La réduire à une promesse de richesse trahit la tradition[1].

Un nom anglais, des eaux africaines

« Mami Wata » vient du pidgin des côtes africaines, formé sur l’anglais Mammy Water. Le nom dit déjà son histoire : celle d’une côte où les Africains, les marins et les marchands européens se rencontraient. L’historien de l’art Henry Drewal, qui lui a consacré une grande exposition en 2008, la décrit comme une figure des eaux honorée dans de nombreux pays d’Afrique et dans les diasporas des Amériques[2].

Pour Drewal, Mami Wata incarne précisément la rencontre avec « l’autre », venu de la mer : ses adeptes lui rendent un culte en s’appropriant les objets, les images et les manières des étrangers, qu’ils transforment en matière sacrée[3]. C’est ce qui explique qu’elle ait pu prendre des formes si différentes selon les lieux.

L’image d’une charmeuse de serpents

L’image la plus répandue de Mami Wata a une origine précise. Dans les années 1880, la maison Adolph Friedlander, à Hambourg, imprime une chromolithographie d’une charmeuse de serpents, une artiste de cirque. Cette gravure circule sur les côtes africaines et devient, en Afrique comme dans la diaspora, l’image courante de Mami Wata[2][4]. On la représente depuis en femme d’une grande beauté, un peigne ou un miroir à la main, un serpent autour du corps[2].

Oui, l’image de la sirène est devenue l’une de ses représentations les plus connues, parfois avec une queue de poisson ou de serpent. Mais cette image ne suffit pas à la définir, et l’appeler « la sirène africaine » la réduit. Son iconographie a intégré des images venues d’autres régions du monde, par les échanges commerciaux et culturels de la côte[1].

Statuette en bois peint d’une femme au visage rouge tenant un serpent au-dessus de sa tête, assise dans une barque avec un rameur
Mami Wata dans une barque menée par un rameur, un serpent au-dessus de la tête : sculpture igbo du Nigeria, photographiée au musée d’ethnologie de Munich, devenu le Museum Fünf Kontinente. Photo : Daderot, domaine public, via Wikimedia Commons.

Les dieux venus d’Inde

À partir des années 1950, une autre vague d’images arrive : des chromolithographies de divinités hindoues, imprimées en Inde, en Angleterre ou au Nigeria, se répandent en Afrique de l’Ouest. Elles sont intégrées à l’art vodun et servent de modèles aux peintures murales des temples[5]. Drewal a recueilli le témoignage d’un adepte yoruba de Mami Wata, vendeur de ces images, qui racontait que l’on possédait ces gravures pendant la période coloniale sans en connaître le sens, jusqu’à ce qu’elles deviennent des esprits de Mami Wata[2].

L’historienne de l’art Dana Rush, dont les recherches sont centrées sur Ouidah, décrit ainsi une côte béninoise où divinités hindoues et vodun coexistent, et où les gravures indiennes trouvent leur place dans les sanctuaires[6]. Le peintre ghanéen Joseph Kossivi Ahiator a couvert de ces images les murs de temples au Bénin, au Togo et au Ghana, mêlant les esprits de Mami Wata au serpent arc-en-ciel[7].

Le blanc et l’eau

Le blanc est souvent associé à Mami Wata dans certaines représentations et certains cultes. Mais je ne veux pas transformer une couleur en règle universelle. Le blanc peut avoir différentes significations religieuses dans les traditions du Bénin : pureté, eau, fraîcheur, paix, lumière. Il ne suffit donc pas de voir quelqu’un habillé en blanc pour dire : « C’est Mami Wata. »[1]

L’association avec l’eau est beaucoup plus fondamentale : Mami Wata est une figure des eaux. Mais cela ne signifie pas que toute divinité de l’eau est Mami Wata. Au Bénin, il existe d’autres traditions liées aux eaux et aux êtres aquatiques, et il faut éviter de mettre dans le même panier Mami Wata, Dan, Tohossou et toutes les autres puissances associées à l’eau. Les traditions ne sont pas interchangeables.

Mami Wata et la richesse

C’est probablement le plus grand malentendu. On entend : « Mami Wata donne automatiquement de l’argent. » Non. La relation entre Mami Wata, la beauté, le luxe, la séduction, la réussite et le pouvoir matériel existe bien dans de nombreux récits et représentations, et certaines traditions associent la rencontre avec Mami Wata à la prospérité. Mais cela ne signifie pas : « Servez Mami Wata et vous deviendrez riche. » Ce serait transformer une tradition religieuse complexe en publicité pour l’argent[1].

Dans les récits, Mami Wata est une puissance ambivalente : elle peut être associée à la beauté, à la prospérité et à l’abondance, mais aussi au danger, au désir, à l’exigence, au secret, et aux conséquences d’une relation mal comprise[1][2]. C’est pour cela que je ne conseille jamais de réduire un vodun à ce qu’il peut « donner ».

Ce que disent les chercheurs

Mami Wata a surtout été étudiée par les historiens de l’art, attentifs à la circulation de ses images. Les principaux travaux, dans l’ordre chronologique :

  • 1988Henry Drewal montre comment le culte de Mami Wata s’approprie les images et les objets venus de l’étranger[3].
  • 2008Henry Drewal dirige une grande exposition et un livre sur Mami Wata en Afrique et dans les diasporas[2].
  • 2013Dana Rush décrit, à partir de Ouidah, un vodun ouvert où divinités hindoues et vodun coexistent[6].

Les erreurs fréquentes sur Mami Wata

  • « Mami Wata est un vodun béninois vieux de milliers d’années. » Son image s’est fixée à la fin du XIXᵉ siècle, sur des traditions des eaux plus anciennes[1][2].
  • « Mami Wata, c’est la sirène africaine. » La sirène est une de ses images, pas sa définition[1].
  • « Les images indiennes n’ont rien à voir avec le vodun. » Depuis les années 1950, elles ont été intégrées aux sanctuaires et aux peintures des temples[5][6].
  • « Toutes les divinités de l’eau sont Mami Wata. » Dan, Tohossou et les autres puissances des eaux ont leurs traditions propres[1].
  • « Mami Wata rend riche. » Elle est ambivalente, et réduire un vodun à ce qu’il peut donner est une erreur[1].

Questions fréquentes

Qui est Mami Wata ?

Une figure religieuse des eaux, honorée sur les côtes d’Afrique de l’Ouest et du Centre et dans les diasporas, souvent représentée en femme d’une grande beauté, parfois en sirène, avec un serpent.

D’où vient le nom Mami Wata ?

Du pidgin des côtes africaines, formé sur l’anglais « Mammy Water », la mère des eaux.

Mami Wata est-elle un vodun ancien ?

Les traditions des eaux sont anciennes, mais la forme sous laquelle on connaît Mami Wata s’est fixée à la fin du XIXᵉ siècle.

Pourquoi Mami Wata est-elle représentée avec un serpent ?

Son image la plus répandue vient d’une chromolithographie d’une charmeuse de serpents, imprimée à Hambourg dans les années 1880, qui a circulé sur toutes les côtes africaines.

Pourquoi voit-on des images indiennes dans les temples de Mami Wata ?

Depuis les années 1950, des gravures de divinités hindoues circulent en Afrique de l’Ouest ; elles ont été adoptées comme images d’esprits de Mami Wata et des autres vodun.

Mami Wata rend-elle riche ?

Les récits l’associent à la beauté et à la prospérité, mais aussi au danger et à l’exigence. La servir ne garantit aucune richesse.

Mami Wata et Dan, est-ce la même chose ?

Non. Ce sont deux traditions distinctes, même si toutes deux sont liées à l’eau ou au serpent.

Où le culte de Mami Wata est-il le plus présent ?

Sur les côtes du golfe de Guinée, du Ghana au Nigeria en passant par le Togo et le Bénin, et dans les diasporas.

Glossaire

  • Chromolithographie : une image imprimée en couleurs, très diffusée aux XIXᵉ et XXᵉ siècles.
  • Mami Wata : du pidgin, d’après l’anglais « Mammy Water », la mère des eaux.
  • Pidgin : la langue de contact des côtes africaines, formée sur l’anglais.
  • Tohossou : une autre tradition béninoise liée aux eaux, distincte de Mami Wata.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] DREWAL Henry John (dir.), Mami Wata: Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas, Los Angeles, Fowler Museum at UCLA, 2008.

[3] DREWAL Henry John, « Performing the Other: Mami Wata Worship in Africa », TDR: The Drama Review, vol. 32, n° 2, 1988.

[4] Wikipédia, « Mami Wata », pour la chromolithographie de la maison Adolph Friedlander, à Hambourg, et le modèle de la charmeuse de serpents. Consulter

[5] Wikipédia, « Vodun art », pour la diffusion des chromolithographies indiennes en Afrique de l’Ouest depuis les années 1950. Consulter

[6] RUSH Dana, Vodun in Coastal Bénin: Unfinished, Open-ended, Global, Nashville, Vanderbilt University Press, 2013. Consulter

[7] Wikipédia, « Joseph Kossivi Ahiator », peintre de temples vodun au Bénin, au Togo et au Ghana, d’après les travaux de Dana Rush. Consulter

Sources

  • DREWAL Henry John (dir.), Mami Wata: Arts for Water Spirits in Africa and Its Diasporas, Fowler Museum at UCLA, 2008.
  • DREWAL Henry John, « Performing the Other: Mami Wata Worship in Africa », TDR, 1988.
  • RUSH Dana, Vodun in Coastal Bénin: Unfinished, Open-ended, Global, Vanderbilt University Press, 2013.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Mami Wata », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 013, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/vodun/mami-wata/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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