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Sakété

La terre des Oba

Entrée n° 015 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 6 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Sakété est une ville nago du Sud-Est du Bénin, dans le département du Plateau, fondée selon la tradition par des familles venues d’Oyo, en pays yoruba. Le Fâ est au cœur de son récit de fondation, et la ville vit au rythme des Egungun, d’Oro et de ses temples.

Au temple de Sakété, un lieu vivant

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Je parle du temple de Sakété parce que c’est une partie de ma vie. J’y ai été formé dans une tradition familiale, et j’y exerce comme prêtre vodun et bokonon du Fâ depuis de nombreuses années. Pour moi, le temple est avant tout un lieu vivant. Les personnes viennent y chercher une orientation, une protection, la compréhension d’une situation, ou accomplir ce que leur tradition leur demande[1].

Plusieurs vodun peuvent avoir leur place dans un même environnement cultuel, mais chaque vodun possède son histoire, ses responsables et sa manière d’être servi. Je ne donnerai pas ici une liste de gestes ou de prescriptions réservés aux initiés. Une encyclopédie doit expliquer la tradition, sans transformer un temple vivant en manuel rituel.

L’essentiel

  • Sakété a été fondée par des familles venues d’Oyo, et le Fâ est au cœur de son récit de fondation.
  • Chez nous, le vodun n’est pas séparé de l’histoire des familles et de l’installation des populations.
  • Un temple vivant garde ses moments réservés.

Pour l’auteur de cette encyclopédie, Sakété est la ville natale : voir sa page[1].

Takété, « se mettre à l’écart »

Selon le récit officiel de la ville, les fondateurs de Sakété, descendants de l’Oba Otchoukpa, fondateur de la dynastie royale, venaient d’Oyo, en pays yoruba. Installés d’abord à Illassô, ils furent contraints à l’exil par les incursions guerrières des rois du Danxomè. Pour trouver la paix, le roi décida d’émigrer avec les siens vers un lieu plus sûr, un acte que l’on désigne en nago par le mot takété, « se mettre à l’écart »[2][3].

Après une halte à Dèguè, les migrants déposèrent cannes et sacoches à l’emplacement de l’actuel monument aux morts, tandis que des hommes du roi partaient chercher un point d’eau : ils découvrirent le marigot Odo Yansa, devenu un symbole fondateur[4]. À l’endroit où ils avaient déposé leurs affaires, une termitière les recouvrit. Interrogé, le Fâ révéla que le vodun Otchougbé, vénéré à Illassô, réclamait domicile en ce lieu. Par déformation, Takété devint Sakété[2][3].

Pour moi, cette histoire est importante parce qu’elle montre quelque chose de fondamental : chez nous, le vodun fait partie de l’histoire des familles et de l’installation des populations. Il accompagne les hommes. Il est lié à la terre où une famille s’installe, aux ancêtres, aux événements qui marquent une communauté, et aux relations que les hommes entretiennent avec l’invisible[1].

1905, la révolte

Pour les historiens Michel Videgla et Félix Iroko, la révolte de Sakété est la plus ancienne des insurrections qui ont ébranlé l’installation coloniale au Dahomey durant le premier quart du XXᵉ siècle[5]. Tout part d’un ordre de l’administrateur colonial : arrêter par la force les funérailles d’un riche notable, dans le quartier Imoro, à 300 mètres de sa résidence. Les affrontements avec les soldats du cercle tuent et blessent ; les forces de l’ordre détruisent le sanctuaire d’Oshugbé, la population s’en prend aux bâtiments de l’administration, et le soulèvement culmine, très meurtrier, le 25 février 1905[3]. L’administrateur Caït et le douanier Cadeau y perdent la vie[6]. Le roi Agbola trouve refuge à Ibatefin, son village natal, côté nigérian[3].

En 1984, Videgla et Iroko ont repris l’étude de cette révolte à partir des traditions orales de Sakété, en reprochant aux travaux antérieurs de s’être appuyés sur des archives coloniales incomplètes et orientées[5].

Des chefs en longs vêtements et chapeaux, alignés devant un obélisque, à côté d’une rangée de soldats en armes
Des chefs du Dahomey font amende honorable, sur ordre du gouverneur général, devant le monument élevé à l’administrateur Caït, tué pendant la révolte de 1905. Photo : Edmond Fortier, dans Louis Sonolet, L’Afrique occidentale française, Hachette, 1912, via la New York Public Library, domaine public.

La ville aujourd’hui

La commune de Sakété se trouve au sud-ouest du département du Plateau ; elle s’étend sur 432 kilomètres carrés et compte six arrondissements[2]. Elle se présente comme la première productrice de noix de palme du Bénin[3].

Ce qu’un visiteur peut voir dans l’année

Un visiteur qui arrive à Sakété ne doit pas s’attendre à trouver un calendrier touristique où tous les rites sont annoncés à l’avance. Il y a des moments de la vie religieuse qui sont publics ou partiellement visibles : les grandes manifestations traditionnelles de la ville, les sorties de certaines sociétés ou divinités, et les activités ordinaires du temple, consultations, prières, préparations, services et cérémonies. Mais une partie seulement est destinée au public : c’est une distinction que je tiens à maintenir[1].

Deux grands rendez-vous rythment la ville. La grande sortie des Egungun revient tous les trois ans ; le photographe Michael Landau en a documenté l’édition de 2017 dans la revue Raw Vision, et la dernière a eu lieu en 2026[7][1]. Chaque année, en août, les manifestations d’Oro s’étendent sur plusieurs semaines, avec des périodes de fermeture fixées par arrêté communal[8].

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Le récit de fondation, l’exil depuis Illassô, la termitière et la révélation du Fâ viennent de la tradition, telle que la ville la raconte[2][3].

Ce qui relève de l’observation directe

La vie du temple, ce qui est public et ce qui ne l’est pas, et le cycle des Egungun viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

La superficie de la commune, ses arrondissements, le calendrier d’Oro, la sortie des Egungun de 2017 et la révolte de 1905 sont établis par les sources officielles, la presse et les historiens[2][8][7][3][5].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans ce récit la preuve que le vodun accompagne l’installation des familles est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

Les dates du récit de fondation ne sont pas fixées par des archives[2].

Les erreurs fréquentes sur Sakété

  • « Sakété, c’est une ville où l’on a installé quelques temples. » C’est une ville avec une histoire, des familles, des migrations et des alliances, où le vodun accompagne l’installation des hommes[1].
  • « Un visiteur peut tout voir. » Un temple vivant garde ses moments réservés[1].
  • « Sakété est une ville fon. » Sakété est une ville nago, fondée par des familles venues d’Oyo[2].

Questions fréquentes

Où se trouve Sakété ?

Dans le Sud-Est du Bénin, au sud-ouest du département du Plateau, à environ une soixantaine de kilomètres de Cotonou.

Que signifie le nom Sakété ?

Il viendrait du mot nago takété, « se mettre à l’écart », qui désigne l’exil de ses fondateurs.

Qui a fondé Sakété ?

Selon la tradition, les descendants de l’Oba Otchoukpa, venus d’Oyo, en pays yoruba, après un premier établissement à Illassô.

Que s’est-il passé à Sakété en 1905 ?

Une révolte contre l’administration coloniale, déclenchée par l’interruption forcée de funérailles. Elle culmina le 25 février 1905 ; l’administrateur Caït et le douanier Cadeau y furent tués.

Quel rôle le Fâ a-t-il joué dans la fondation de Sakété ?

Selon le récit de la ville, le Fâ révéla que le vodun Otchougbé réclamait domicile à l’endroit où les fondateurs s’étaient arrêtés.

Quand voir les Egungun à Sakété ?

La grande sortie revient tous les trois ans ; la dernière a eu lieu en 2026, la prochaine est attendue en 2029.

Quand a lieu Oro à Sakété ?

Chaque année au mois d’août, avec des périodes de fermeture fixées par arrêté communal.

Glossaire

  • Odo Yansa : le marigot découvert par les fondateurs, symbole de la ville.
  • Oba : le roi, en yoruba.
  • Otchougbé : le vodun qui, selon le Fâ, réclama domicile à Sakété.
  • Takété : « se mettre à l’écart », à l’origine du nom de la ville.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] Mairie de Sakété, « La commune : Sakété, la terre des Oba ». Consulter

[3] Gouvernement du Bénin, « Destination Bénin : Sakété, sur les rives d’Odo Yansa, la terre promise des Oba ». Consulter

[4] Ministère de la Décentralisation, « Sakété : histoire résumée ». Consulter

[5] VIDEGLA Dadjo Koôvi Michel et IROKO Abiola Félix, « Nouveau regard sur la révolte de Sakété en 1905 », Cahiers d’études africaines, vol. 24, n° 93, 1984, p. 51-70. Consulter

[6] DAHANDÉ Tognissè, « Histoire du Bénin : des faits glorieux importants, pourtant peu enseignés », tribune, La Nouvelle Tribune, 1ᵉʳ septembre 2025. Consulter

[7] LANDAU Michael, « Egungun of Benin », Raw Vision, n° 112, automne 2022. Consulter

[8] Nasuba, « Bénin : voici les nouvelles règles de la mairie de Sakété pour le culte Oro », 12 août 2026. Consulter

Sources

  • Mairie de Sakété, « La commune : Sakété, la terre des Oba ».
  • Gouvernement du Bénin, « Destination Bénin : Sakété, sur les rives d’Odo Yansa ».
  • VIDEGLA Michel et IROKO Félix, « Nouveau regard sur la révolte de Sakété en 1905 », Cahiers d’études africaines, 1984.
  • LANDAU Michael, « Egungun of Benin », Raw Vision, n° 112, 2022.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Sakété », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 015, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/lieux/sakete/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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