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Le bokonon

Le prêtre du Fâ

Entrée n° 012 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 5 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Le bokonon est le prêtre du Fâ : celui qui consulte, lit et interprète les signes pour éclairer une situation et orienter une conduite. Son travail commence avant les signes, par l’écoute, et s’arrête là où commence la responsabilité de celui qui consulte.

Au temple de Sakété, le quotidien d’un bokonon

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Être bokonon demande bien plus que jeter les noix ou interpréter un signe : la partie que les gens ne voient pas est probablement la plus importante. Avant même de consulter le Fâ, il faut savoir écouter. Une personne vient rarement avec une seule question. Elle arrive avec son histoire, ses inquiétudes, sa famille, son travail, ses relations, parfois plusieurs problèmes en même temps. Je commence donc par écouter[1].

Ensuite vient le travail du Fâ. Le Fâ m’oblige à dire ce que je comprends, même quand la personne espérait entendre autre chose. C’est une responsabilité.

L’essentiel

  • Le bokonon écoute d’abord, consulte ensuite.
  • Il éclaire et oriente ; la personne reste responsable de ses décisions.
  • Faire payer son travail est normal ; exploiter la peur ne l’est pas.

Et un bon bokonon sait dire : « Je ne sais pas. »[1]

Les qualités d’un bon bokonon

Pour moi, un bon bokonon doit d’abord avoir la connaissance. Mais la connaissance seule ne suffit pas. Il faut aussi savoir écouter, avoir de la patience, savoir garder une confidence, et connaître ses propres limites. Et surtout, il faut pouvoir dire : « Je ne sais pas. » Un bokonon qui prétend tout connaître est déjà en train de tromper son consultant[1].

Le Fâ éclaire, oriente et permet de comprendre ; il laisse à chacun la maîtrise de sa vie, et la personne reste responsable de ses décisions.

Le bokonon et l’argent

Recevoir une rémunération est, à mes yeux, conforme à la tradition. Le bokonon travaille, il consacre du temps, et il a une connaissance qu’il a reçue et qu’il a dû apprendre. Il peut y avoir des consultations, des déplacements, des préparations ou des éléments matériels nécessaires à certaines cérémonies. Il est donc normal qu’une prestation puisse avoir un coût[1].

Mais il y a une différence énorme entre faire payer correctement son travail et exploiter la peur d’une personne. Je refuse les phrases du genre :

  • « Donnez-moi cette somme, sinon vous allez mourir. »
  • « Payez aujourd’hui et je garantis le résultat. »
  • « Si vous ne donnez pas encore de l’argent, le rituel ne fonctionnera pas. »

Pour moi, c’est une mauvaise manière de servir le vodun. Je préfère annoncer clairement ce qui est nécessaire, pourquoi c’est nécessaire, et ce qui relève réellement du travail. Et je ne promets pas ce que le Fâ ne me permet pas de promettre. C’est une limite essentielle.

Des bokonon dans l’histoire

Le mot désigne le devin du Fâ dans les langues du Sud du Bénin. L’étude de référence sur le Fâ, publiée en 1943 par Bernard Maupoil, repose en grande partie sur l’enseignement de Guèdègbé, le grand bokonon de la cour du roi Béhanzin[2]. Son plateau de Fâ, conservé en France, fait partie des 35 biens culturels que le Bénin réclame depuis juillet 2026[3].

Le bokonon n’intervient pas seulement auprès des personnes. Pendant la fête du vodun, un collège de bokonon consulte le Fâ pour le pays entier : en janvier 2026, les rituels prescrits par cette consultation ont été exécutés dans la forêt sacrée de Kpassè[4]. Sa parole engage alors une communauté, et plus seulement une famille.

Pour ce qu’est le Fâ lui-même, et pour son lien avec Mawu-Lisa, voir les entrées consacrées. L’auteur de cette encyclopédie est lui-même bokonon : voir sa page.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

La formation du bokonon, la connaissance des signes et de leurs interprétations se transmettent oralement, dans une maison et auprès de ceux qui savent[1].

Ce qui relève de l’observation directe

Le déroulement d’une consultation, l’écoute préalable et les règles sur l’argent décrites ici viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

Le rôle de Guèdègbé auprès de Maupoil, la réclamation de son plateau et la consultation du Fâ pour le pays sont établis par les sources écrites et officielles[2][3][4].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir le bokonon comme quelqu’un qui éclaire sans décider à la place du consultant est une position que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La part de déterminisme dans le Fâ divise : pour certains, il enferme l’homme dans son destin ; pour moi, il éclaire une situation et oriente une conduite[2][1].

Les erreurs fréquentes sur le bokonon

  • « Le bokonon prédit l’avenir. » Il éclaire une situation et oriente une conduite ; il ne décide pas à la place du consultant[1].
  • « Un bon bokonon sait tout. » Un bokonon qui prétend tout savoir trompe déjà son consultant[1].
  • « Un vrai bokonon ne se fait pas payer. » Faire payer son travail est normal ; exploiter la peur ne l’est pas[1].
  • « Plus on paie, mieux ça marche. » Un bokonon sérieux annonce ce qui est nécessaire, et pourquoi, sans promettre de résultat[1].

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un bokonon ?

Le bokonon est le prêtre du Fâ : il consulte, lit et interprète les signes pour éclairer une situation et orienter une conduite.

Comment se passe une consultation chez un bokonon ?

Le bokonon écoute d’abord la personne, son histoire et ses questions, puis il consulte le Fâ et dit ce qu’il comprend, même si la personne espérait entendre autre chose.

Un bokonon peut-il prédire l’avenir ?

Le Fâ éclaire une situation et oriente une conduite. Le bokonon ne décide pas à la place de la personne, qui reste responsable de ses choix.

Est-il normal de payer un bokonon ?

Oui : le bokonon travaille et engage du temps et une connaissance. Mais il ne doit ni exploiter la peur, ni garantir un résultat, ni réclamer de l’argent sous la menace.

Comment reconnaître un bokonon sérieux ?

Il écoute, explique ce qui est nécessaire et pourquoi, ne promet pas ce que le Fâ ne permet pas de promettre, et sait dire « je ne sais pas ».

Qui était Guèdègbé ?

Le grand bokonon de la cour du roi Béhanzin, dont l’enseignement est au cœur de l’étude de Bernard Maupoil sur le Fâ, publiée en 1943.

Glossaire

  • Bokonon : le prêtre du Fâ, qui consulte et interprète les signes.
  • Consultant : la personne qui vient interroger le Fâ.
  • Fâ : le grand système de divination du Sud du Bénin.
  • Guèdègbé : le bokonon de la cour du roi Béhanzin, informateur de Maupoil.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] MAUPOIL Bernard, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Paris, Institut d’ethnologie, 1943.

[3] La Nouvelle Tribune, « France : le Bénin met en place un comité pour récupérer 35 nouveaux biens culturels », juillet 2026. Consulter

[4] Gouvernement du Bénin, « Vodun Days 2026 : les rituels du Tofâ exécutés dans la forêt sacrée de Kpassè », janvier 2026. Consulter

Sources

  • MAUPOIL Bernard, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Paris, Institut d’ethnologie, 1943.
  • Gouvernement du Bénin, « Vodun Days 2026 : les rituels du Tofâ exécutés dans la forêt sacrée de Kpassè », 2026.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Le bokonon », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 012, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/fa/bokonon/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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