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La forêt sacrée de Kpassè

La forêt du roi devenu iroko

Entrée n° 016 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 6 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

La forêt sacrée de Kpassè, ou Kpassèzoun, est un îlot forestier au cœur de Ouidah, qui porte le nom de Kpassè, le fondateur du royaume de Ouidah, réputé y avoir disparu pour réapparaître dans un iroko. Longtemps lieu de culte d’une lignée, elle est devenue en 1993 un lieu de toute la ville, à la fois sanctuaire vivant et musée à ciel ouvert.

Au temple de Sakété, ce que je sais de Kpassè

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

La forêt sacrée de Kpassè est un lieu que je respecte profondément. Mais je veux être honnête sur un point : je ne vais pas inventer ici un lien familial ou une fonction personnelle que je n’ai pas à Kpassè. Je connais ce lieu comme prêtre vodun et comme Béninois, et je connais l’importance qu’il possède dans la tradition de Ouidah[1].

L’essentiel

  • La forêt de Kpassè est un espace religieux avant d’être un musée en plein air.
  • Elle appartient d’abord à la lignée de Kpassè, dont le chef, le Kpassènon, en a la charge.
  • Le visiteur suit le chemin autorisé, écoute son guide et respecte les espaces fermés.

Quand on entre dans une forêt sacrée, on s’y conduit en invité[1].

Le roi Kpassè et l’iroko

La forêt porte le nom de Kpassè, le fondateur du royaume de Ouidah[2]. Selon la tradition, le roi disparut mystérieusement et s’incarna dans un iroko au cœur de la forêt, d’où sa sacralité[3]. L’arbre est appelé Kpassè loko, « l’iroko de Kpassè », loko désignant l’iroko. La date de l’épisode varie selon les récits, entre le XIVᵉ et le milieu du XVIIᵉ siècle[4].

Je dis bien : la tradition raconte. Je ne présente pas cette transformation comme un événement historique que l’on pourrait démontrer avec les méthodes ordinaires de l’histoire. Pour ceux qui appartiennent à la tradition, ce récit a une portée profonde : il explique pourquoi cette forêt est sacrée[1].

D’un lieu de lignée à un lieu de toute la ville

L’historienne Dominique Juhé-Beaulaton, qui a étudié la forêt pendant des années, a montré comment elle a changé de nature. À l’origine, c’est un lieu patrimonial familial, consacré, celui de la communauté lignagère issue de Kpassè. Son responsable est le Kpassènon, chef de la communauté Adjovi, qui descend de Kpassè[5]. La famille Adjovi compte d’ailleurs parmi les trois familles qui servent Dangbé au temple des Pythons[6].

Tout bascule avec le festival Ouidah 92, tenu en février 1993. Une cérémonie officielle a lieu dans la forêt ; avec l’appui de la commune et des grands responsables religieux de la ville, la forêt est nettoyée, une entrée aménagée, des sculptures réalisées. La communauté de Kpassè a ainsi transformé son lieu patrimonial familial en un site culturel où se retrouve toute la ville[5][2]. Depuis, la forêt est clôturée d’un mur, et son entrée monumentale date de 1998[5][2].

Les sculptures de 1992

Les sculptures font aujourd’hui de la forêt un musée d’art contemporain à ciel ouvert. Parmi les plus anciennes, une figure de Hèviosso, le vodun de la foudre, réalisée en 1992 par les frères Dakpogan[5]. On y voit aussi les statues de Tolègba, de Hêviosso Assou ou de Dansi Tchakatou[3].

Un lieu de culte vivant

Kpassè reste un lieu de culte de premier plan. Depuis la première édition des Vodun Days, en 2024, la forêt compte parmi les lieux emblématiques des célébrations[7]. Le samedi 17 janvier 2026, c’est là qu’ont été exécutés, en présence d’un collège de bokonon et du comité des rites vodun, les rituels prescrits par la consultation du Fâ faite pour le pays[8]. Voir aussi La fête du vodun.

Une forêt qui a rétréci

La forêt actuelle ne représente qu’une petite partie de l’espace forestier ancien. En 2023, une cartographie par drone réalisée par Benin Flying Labs pour la mairie de Ouidah a montré que les quatre cinquièmes de sa surface d’origine sont aujourd’hui occupés par des habitations : il ne reste qu’environ cinq hectares de forêt, dans le quartier de Tovè, à l’est de la ville. Ce travail a été présenté au Conseil des ministres[9][4]. Comme beaucoup de bois sacrés du Sud du Bénin, elle doit sa survie à sa sacralité : là où les forêts ont disparu, les sanctuaires boisés sont restés[10].

Ce que doit comprendre le visiteur

Pour moi, respecter Kpassè, c’est aussi respecter les arbres. La forêt est d’abord un espace religieux. Le visiteur doit donc suivre le chemin autorisé, écouter son guide, ne pas toucher ce qui ne doit pas l’être, et respecter les espaces qui lui sont fermés[1].

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

La disparition du roi Kpassè et son incarnation dans l’iroko viennent de la tradition orale de Ouidah[3].

Ce qui relève de l’observation directe

Les règles de conduite du visiteur et le regard sur la forêt comme espace religieux viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

Le rôle de la lignée de Kpassè, la transformation de 1993, l’entrée de 1998, la sculpture des frères Dakpogan, la superficie mesurée en 2023 et les rituels de 2026 sont établis par les chercheurs et les sources officielles[5][2][9][8].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans le récit de Kpassè le fondement de la sacralité du lieu, sans le présenter comme un fait historique, est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La date de l’épisode varie selon les récits, entre le XIVᵉ et le milieu du XVIIᵉ siècle[4].

Les erreurs fréquentes sur la forêt de Kpassè

  • « C’est un jardin public avec de belles sculptures. » C’est un espace religieux, tenu par une lignée, qui accueille aussi des visiteurs[1][5].
  • « Kpassè s’est transformé en arbre, c’est un fait historique. » C’est la tradition qui le raconte, et c’est elle qui fonde la sacralité du lieu[1].
  • « La forêt a toujours été ouverte à tous. » Elle est devenue un lieu de toute la ville en 1993, avec le festival Ouidah 92[5].
  • « On peut se promener partout. » Certains espaces sont réservés ; le visiteur suit le chemin autorisé[1].

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la forêt sacrée de Kpassè ?

Un îlot forestier sacré au cœur de Ouidah, qui porte le nom du fondateur du royaume de Ouidah, abrite plusieurs divinités et accueille des cérémonies et des visiteurs.

Qui était le roi Kpassè ?

Le fondateur du royaume de Ouidah. Selon la tradition, il aurait disparu pour réapparaître dans un iroko de la forêt.

Qui a la charge de la forêt de Kpassè ?

Le Kpassènon, chef de la communauté Adjovi, qui descend de Kpassè.

Depuis quand peut-on visiter la forêt de Kpassè ?

Depuis le festival Ouidah 92, tenu en février 1993, qui en a fait un lieu de toute la ville ; son entrée monumentale date de 1998.

Qui a fait les sculptures de la forêt ?

Plusieurs artistes, dont les frères Dakpogan, auteurs en 1992 d’une figure de Hèviosso, le vodun de la foudre.

Quelle est la superficie de la forêt de Kpassè ?

Environ cinq hectares, selon une cartographie par drone réalisée en 2023 : les quatre cinquièmes de sa surface d’origine sont occupés par des habitations.

Que s’est-il passé à Kpassè en janvier 2026 ?

Le 17 janvier 2026, les rituels prescrits par la consultation du Fâ faite pour le pays, le Bénin Tofa, y ont été exécutés.

Comment se comporter dans la forêt de Kpassè ?

Suivre le chemin autorisé, écouter son guide, ne pas toucher ce qui ne doit pas l’être et respecter les espaces fermés.

Glossaire

  • Iroko : un grand arbre d’Afrique de l’Ouest, Milicia excelsa, souvent sacré.
  • Kpassè loko : « l’iroko de Kpassè », l’arbre du roi.
  • Kpassènon : le chef de la communauté Adjovi, descendante de Kpassè, responsable de la forêt.
  • Kpassèzoun : « la forêt de Kpassè ».

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] JUHÉ-BEAULATON Dominique, « Forêt sacrée de Ouidah, Kpassèzoun », photographies et notice, Recherches sur le patrimoine naturel, 2002, MédiHAL, medihal-00534554. Consulter

[3] Cultures & Patrimoines, « Les statues de la forêt sacrée de Kpassè expliquées ». Consulter

[4] Pour la date du récit et la localisation : Wikipédia, « Forêt sacrée de Kpassè ». Consulter

[5] JUHÉ-BEAULATON Dominique, « Processus de réactivation de sites sacrés dans le Sud du Bénin », HAL, halshs-00069347. Consulter

[6] Gouvernement du Bénin, « Destination Bénin : Ouidah, la terre hxuéda », 2020. Consulter

[7] Gouvernement du Bénin, bilan de la première édition des Vodun Days, janvier 2024. Consulter

[8] Gouvernement du Bénin, « Vodun Days 2026 : les rituels du Tofâ exécutés dans la forêt sacrée de Kpassè », janvier 2026. Consulter

[9] Benin Flying Labs, « Preserving Benin’s Sacred Forests: The Power of Aerial Mapping in Biodiversity Conservation », 25 octobre 2023. Consulter

[10] JUHÉ-BEAULATON Dominique (dir.), Forêts sacrées et sanctuaires boisés. Des créations culturelles et biologiques (Burkina Faso, Togo, Bénin), Paris, Karthala, 2010.

Sources

  • JUHÉ-BEAULATON Dominique, « Processus de réactivation de sites sacrés dans le Sud du Bénin », HAL.
  • JUHÉ-BEAULATON Dominique (dir.), Forêts sacrées et sanctuaires boisés, Karthala, 2010.
  • Benin Flying Labs, cartographie aérienne de la forêt de Kpassè, 2023.
  • Gouvernement du Bénin, « Vodun Days 2026 : les rituels du Tofâ exécutés dans la forêt sacrée de Kpassè », 2026.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « La forêt sacrée de Kpassè », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 016, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/lieux/foret-sacree-de-kpasse/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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