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La poupée vaudou

Un mythe venu d’ailleurs

Entrée n° 033 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 30 octobre 2026 Lecture 6 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

La « poupée vaudou », figurine percée d’aiguilles pour nuire à quelqu’un, appartient à l’imagerie occidentale du voodoo, nourrie par la littérature, le cinéma et le tourisme, bien plus qu’au vodun béninois. Selon les chercheurs, cette image vient surtout de la magie figurative européenne. Au Bénin, les statuettes du vodun ont des fonctions religieuses précises, qui dépendent de leur contexte.

Au temple de Sakété, la question que l’on me pose

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

C’est probablement l’une des premières questions que me posent les personnes qui arrivent avec une image du vodun construite par les films. Elles imaginent une petite poupée représentant une personne, avec des aiguilles plantées dedans pour lui faire du mal. Le vodun béninois se comprend tout autrement[1].

Il existe au Bénin des statuettes, des figures, des objets consacrés, des représentations à forme humaine, et de nombreux objets utilisés dans des contextes religieux. Mais une statuette quelconque n’est pas pour autant une « poupée vaudou ». Une représentation peut avoir une fonction religieuse précise, appartenir à un autel ou à une maison de vodun, être associée à une divinité ou à une fonction particulière. Son sens dépend de son contexte. C’est justement ce que les films font disparaître : le contexte.

L’essentiel

  • La poupée percée d’aiguilles appartient à l’imagerie occidentale du voodoo, bien plus qu’au vodun du Bénin.
  • Les chercheurs la rattachent surtout à la magie figurative européenne.
  • Les statuettes du vodun ont des fonctions religieuses précises, qui dépendent de leur contexte.

Une encyclopédie doit expliquer ; elle ne transforme pas une tradition religieuse en manuel de pratiques[1].

D’où vient cette image

L’image de la poupée transpercée d’aiguilles appartient surtout à la représentation populaire occidentale du voodoo. Elle a été nourrie par la littérature, les récits sensationnalistes, le cinéma et, plus récemment, Internet. On a fini par utiliser la même image pour parler de traditions extrêmement différentes[1].

Les chercheurs vont plus loin. Dans un chapitre publié en 2015, l’archéologue Natalie Armitage montre que l’image de la poupée percée d’épingles ne vient pas d’Afrique : elle vient de la magie figurative européenne, celle des figurines que l’on perçait d’aiguilles, et elle a été plaquée sur les religions africaines et afro-caribéennes par l’incompréhension coloniale[2]. Au XXIᵉ siècle, la poupée vaudou est devenue un objet de fantaisie, vendu jusque dans des distributeurs automatiques, et un motif des films d’animation ; les prêtres du voodoo de Louisiane eux-mêmes déclarent qu’elle n’a rien à voir avec leur religion[3]. Sur les mots eux-mêmes, voir Vodun, vaudou, voodoo ; pour ce qu’est réellement le vodun, voir Qu’est-ce que le vodun ?.

La confusion avec les figures à clous

Une confusion fréquente vient d’objets d’Afrique centrale, les figures de pouvoir nkisi nkondi du peuple kongo, en bois hérissé de clous et de lames, que l’on voit dans les grands musées[4]. Aux yeux des Européens, ces clous évoquaient une malédiction. Dans leur contexte, ils servaient le plus souvent à activer la force de l’objet, à sceller un engagement ou à remercier[2]. Ces objets viennent du Congo, à des milliers de kilomètres du Bénin, et relèvent d’une tout autre tradition.

Statuette de bois nkisi nkondi du peuple kongo, hérissée de clous et de lames
Une figure de pouvoir nkisi nkondi du peuple kongo, en Afrique centrale : ses clous activaient la force de l’objet ou scellaient un engagement. Ce type d’objet, sans lien avec le Bénin, est souvent confondu à tort avec la « poupée vaudou ». Photo : The Metropolitan Museum of Art, domaine public.

Il existe aussi, dans différentes cultures du monde, des objets magiques ou rituels qui ressemblent à des figures humaines. Mais cela ne permet pas de dire : « Voilà la poupée vaudou du Bénin. » Ce raccourci est historiquement et culturellement trompeur[1].

Ce que sont les statuettes du vodun

Elles peuvent avoir des fonctions très différentes. Certaines représentent une divinité ou une puissance. D’autres ont un rôle dans un dispositif rituel. Certaines figures ont une fonction mémorielle, protectrice ou symbolique, comme les statuettes des jumeaux, les hohovi. Et certaines pièces anciennes que l’on voit aujourd’hui dans les musées ont été sorties de leur contexte religieux[1].

C’est pourquoi je demande toujours aux visiteurs de ne pas regarder seulement la forme d’un objet. Une statue peut être très belle ; mais dans une maison de vodun, ce qui compte, au-delà de sa beauté, c’est sa relation avec la tradition. Je peux expliquer publiquement la fonction générale d’un objet lorsque cela ne touche pas à une connaissance réservée. En revanche, je ne donnerai pas sur Internet d’instructions permettant de reproduire un dispositif rituel[1].

On croit voirCe que c’est
Une poupée vaudou de filmUne invention de l’imagerie occidentale, issue de la magie européenne
Une figure hérissée de clousSouvent un nkisi nkondi du Congo, sans lien avec le Bénin
Une statuette sur un autel vodunUn objet à fonction religieuse précise, qui dépend de son contexte
Une petite statuette portée par une mèreSouvent un hohovi, la présence d’un jumeau disparu
Ce que l’on prend pour une « poupée vaudou », et ce que c’est, d’après les sources citées.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

La fonction de chaque objet dans une maison de vodun se transmet entre ceux qui en ont la charge[1].

Ce qui relève de l’observation directe

La distinction entre la poupée des films et les objets du vodun vient de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

L’origine européenne de l’image, le sens des clous des nkisi et la diffusion commerciale de la poupée sont établis par les chercheurs et les musées[2][4][3].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans la poupée vaudou un raccourci trompeur plutôt qu’un objet du vodun est une position que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La part exacte des différentes influences dans l’image moderne de la poupée fait l’objet de travaux d’historiens[2].

Les erreurs fréquentes sur la poupée vaudou

  • « La poupée vaudou vient du Bénin. » Son image vient surtout de la magie figurative européenne et du cinéma[2].
  • « Les figures à clous sont des poupées vaudou. » Ce sont souvent des nkisi du Congo, dont les clous activaient une force ou scellaient un engagement[2].
  • « Toute statuette du vodun sert à nuire. » Les statuettes ont des fonctions religieuses, mémorielles ou protectrices[1].
  • « On peut acheter une poupée vaudou authentique. » Les poupées vendues sont des objets de fantaisie[3].

Questions fréquentes

La poupée vaudou existe-t-elle au Bénin ?

La poupée percée d’aiguilles des films appartient surtout à l’imagerie occidentale ; au Bénin, les statuettes du vodun ont des fonctions religieuses précises, qui dépendent de leur contexte.

D’où vient la poupée vaudou ?

Selon l’archéologue Natalie Armitage, de la magie figurative européenne, plaquée sur les religions africaines et afro-caribéennes par l’incompréhension coloniale, puis popularisée par le cinéma.

Une poupée vaudou peut-elle faire du mal ?

L’image de la poupée qui nuit à distance vient des films et de la magie européenne ; elle ne décrit pas le vodun béninois.

Qu’est-ce qu’un nkisi nkondi ?

Une figure de pouvoir du peuple kongo, en Afrique centrale, hérissée de clous qui activaient sa force ou scellaient un engagement ; elle est souvent confondue à tort avec la poupée vaudou.

À quoi servent les statuettes du vodun ?

Selon leur contexte, elles représentent une divinité, jouent un rôle dans un rituel, ou ont une fonction mémorielle, protectrice ou symbolique.

Les poupées vaudou vendues sur Internet sont-elles authentiques ?

Ce sont des objets de fantaisie ; même les prêtres du voodoo de Louisiane déclarent qu’elles n’ont rien à voir avec leur religion.

Glossaire

  • Hohovi : la statuette d’un jumeau, chez les Fon.
  • Nkisi nkondi : une figure de pouvoir du peuple kongo, hérissée de clous.
  • Voodoo : la forme anglaise du mot, chargée des images de la culture populaire.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] ARMITAGE Natalie, « European and African Figural Ritual Magic: The Beginnings of the Voodoo Doll Myth », dans Ceri Houlbrook et Natalie Armitage (dir.), The Materiality of Magic, Oxford, Oxbow Books, 2015.

[3] Wikipédia, « Voodoo doll », pour la diffusion de l’objet au XXIᵉ siècle et la position des prêtres du voodoo de Louisiane. Consulter

[4] The Metropolitan Museum of Art, figures de pouvoir nkisi nkondi du peuple kongo, collection en libre accès. Consulter

Sources

  • ARMITAGE Natalie, « European and African Figural Ritual Magic: The Beginnings of the Voodoo Doll Myth », 2015.
  • The Metropolitan Museum of Art, figures nkisi nkondi.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « La poupée vaudou », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 033, mise à jour le 30 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/image/poupee-vaudou/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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