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Les jumeaux, Hòxó

La gémellité sacrée

Entrée n° 020 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 8 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Chez les Fon et dans les traditions apparentées du Sud du Bénin, les jumeaux, les Hòxó, occupent une place à part : leur naissance appelle des rites, le Fâ révèle les interdits qu’ils devront respecter, et la relation avec un jumeau mort se poursuit à travers une statuette de bois, le hohovi. Dans le vaudou béninois, la gémellité a une dimension symbolique et religieuse particulière.

Au temple de Sakété, ce que la gémellité représente

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Les jumeaux occupent une place particulière dans de nombreuses familles du Sud du Bénin, et dans les traditions fon et apparentées. Chez les Fon, on parle des Hòxó. Leur naissance a une portée qui dépasse celle d’une naissance ordinaire : elle introduit une relation particulière entre les deux enfants, et entre eux et leur famille. Cette relation se prolonge bien au-delà de l’enfance[1].

Les jumeaux sont entourés d’attentions, de représentations et de pratiques spécifiques. Dans certaines familles, on conserve des objets ou des représentations liés aux jumeaux, et l’on accomplit certaines obligations en leur honneur. Mais je ne veux pas transformer une tradition familiale en règle universelle : toutes les familles ne font pas exactement la même chose, et les pratiques diffèrent selon les lignées et les régions.

L’essentiel

  • Pour une famille, les jumeaux sont bien plus que deux enfants nés le même jour.
  • À leur naissance, le Fâ est consulté pour connaître leurs interdits.
  • À la mort d’un jumeau, une statuette, le hohovi, garde la relation vivante.

La gémellité a une dimension symbolique et religieuse qu’il faut comprendre avant de regarder les objets[1].

Une naissance qui appelle le Fâ

Un exposé présenté en 1973 à l’École pratique des hautes études décrit les rites qui suivent la naissance de jumeaux chez les Fon. Les parents réunissent le matériel nécessaire, et une cérémonie particulière a lieu, réservée aux femmes : les tantes paternelles et maternelles doivent y être présentes, tandis que la mère des jumeaux n’y assiste pas. Une semaine plus tard, une consultation a lieu chez le devin, au cours de laquelle sont révélés les interdits que les jumeaux devront respecter[2].

Le Fâ est ainsi présent dès l’arrivée des jumeaux dans une famille. Pour le bokonon, cette consultation engage une responsabilité particulière : ce qui est révélé accompagnera les enfants toute leur vie[1].

Les hohovi, statuettes des jumeaux

Le mot hohovi désigne les statuettes de jumeaux chez les Adja et les Fon ; chez les Anago, d’ascendance yoruba, on parle d’ibeji[3]. Quand un jumeau meurt, une statuette de bois est sculptée et reçoit les soins dus à un enfant vivant. Le photographe Éric Lafforgue a rencontré, dans la région de Bopa, des mères qui portent ces statuettes dans leurs vêtements, laissant leur visage dépasser, et qui parlent de leurs jumeaux disparus au présent[4].

Pour quelqu’un qui découvre cette tradition de l’extérieur, cela peut paraître surprenant. Pour une famille qui la porte depuis plusieurs générations, c’est une manière de ne pas considérer la relation comme totalement rompue par la mort. La mort d’un jumeau a une importance particulière pour la famille, et c’est pour cette raison que certaines traditions ont développé des manières de maintenir la relation symbolique avec celui qui est parti[1].

Les hohovi anciens portent les traces de ces soins : les traits du visage s’effacent sous les gestes répétés de plusieurs générations, et la patine témoigne de l’attention qui leur a été portée[3].

Hoho, l’esprit de la dualité

Le mot hohovi se lit « enfants de Hoho », un esprit qui symbolise la dualité. Les jumeaux sont considérés comme des êtres dotés d’une essence divine, à la fois redoutés et vénérés, capables d’apporter à leur famille le bonheur comme l’avertissement[3].

Chez les Yoruba du Nigeria et chez les Anago du Bénin, le culte des jumeaux a pris une forme voisine, avec ses statuettes, les ibeji. Selon les collectionneurs qui ont étudié ces objets, les statuettes yoruba ne remontent guère au-delà de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, et les racines du culte se trouveraient plutôt dans les sociétés fon et éwé. Avec le déclin des pratiques traditionnelles, les rituels se sont simplifiés[3].

Le récit d’Akaba et de Hangbe

La tradition rattache le culte des jumeaux à l’histoire royale d’Abomey. Selon un récit souvent rapporté, le roi Akaba, jumeau de Hangbe, aurait annoncé à sa sœur qu’il ne mourrait pas comme les autres hommes, mais disparaîtrait dans les bois, et lui aurait laissé une statuette en lui demandant d’en prendre soin comme de lui-même. Ce récit expliquerait aussi que Hangbe ait gouverné un temps, de 1708 à 1711[5]. C’est une tradition orale, que cette entrée rapporte sans pouvoir la dater par des archives.

Le même récit explique une expression que l’on entend encore : un jumeau ne meurt pas, il « va dans les bois »[5].

Les noms des jumeaux

Les jumeaux et les enfants qui les entourent reçoivent des noms particuliers, dont les usages varient selon les familles et les sources. L’exposé de 1973 nomme le premier des jumeaux Zinsou, le second Agossou, et l’enfant né après eux Zinhoué[2]. Les usages rapportés aujourd’hui par les sites de langue fon diffèrent : on y lit par exemple Dossou et Dossi pour des jumeaux, et Hoho pour les jumeaux en général[6]. Un enfant né par le siège, appelé Agossou s’il est un garçon et Agossi si elle est une fille, est parfois considéré et traité comme un jumeau[7].

SourceCe qu’elle indique
Exposé de 1973, École pratique des hautes étudesZinsou pour le premier jumeau, Agossou pour le second, Zinhoué pour l’enfant né après eux
Sites actuels de langue fonDossou et Dossi pour des jumeaux ; Hoho pour les jumeaux en général
Usage rapporté pour l’enfant né par le siègeAgossou pour un garçon, Agossi pour une fille, parfois assimilés aux jumeaux
Les noms des jumeaux selon les sources citées dans cette entrée ; les usages varient selon les familles.

Ces divergences montrent qu’il n’existe pas une liste unique, valable pour toutes les familles. Pour connaître les noms en usage dans une famille, le mieux est de demander à ses aînés[1].

Quand un jumeau meurt

La mort d’un jumeau ne rompt pas la relation : la famille la maintient, à travers le hohovi et les obligations qui l’accompagnent. Le jumeau vivant, ou ses parents, prennent soin de la statuette. Dans la région de Bopa, des mères vont aussi demander l’aumône au marché ou dans la rue, au nom de leurs jumeaux[4]. Ce qui me paraît essentiel, c’est de comprendre cette continuité avant de regarder uniquement les objets ou les cérémonies[1].

La place des jumeaux rejoint celle des ancêtres : dans les deux cas, la mort transforme le lien sans l’abolir.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Le récit d’Akaba et de Hangbe, et l’expression selon laquelle un jumeau « va dans les bois », viennent de la tradition orale d’Abomey[5].

Ce qui relève de l’observation directe

La place des jumeaux dans les familles, et la prudence face aux règles présentées comme universelles, viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

La cérémonie qui suit la naissance, la consultation du devin une semaine plus tard, et les hohovi portés par les mères sont décrits par les chercheurs et les photographes[2][4].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans le hohovi une manière de refuser que la mort rompe la relation est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

Les noms donnés aux jumeaux varient selon les familles et les sources, et les dates du règne de Hangbe relèvent de la tradition[2][6][5].

Les erreurs fréquentes sur les jumeaux

  • « Des jumeaux, ce sont simplement deux enfants nés le même jour. » La gémellité a une dimension symbolique et religieuse particulière[1].
  • « Toutes les familles honorent les jumeaux de la même manière. » Les pratiques varient selon les lignées et les régions[1].
  • « Il existe une liste unique de noms de jumeaux. » Les usages diffèrent selon les familles et les sources[2][6].
  • « Le hohovi est un objet décoratif. » C’est la présence d’un jumeau disparu, soignée comme un enfant vivant[4].

Questions fréquentes

Comment appelle-t-on les jumeaux en fon ?

Les Hòxó. On parle aussi de Hoho pour les jumeaux en général.

Qu’est-ce qu’un hohovi ?

Une statuette de bois qui représente un jumeau, en particulier un jumeau décédé, et qui reçoit les soins dus à un enfant vivant.

Quelle différence entre hohovi et ibeji ?

Les hohovi sont les statuettes de jumeaux des Adja et des Fon ; les ibeji sont celles des Yoruba, appelés Anago au Bénin.

Que se passe-t-il à la naissance de jumeaux ?

Une cérémonie réservée aux femmes a lieu, puis, une semaine plus tard, une consultation du Fâ révèle les interdits que les jumeaux devront respecter.

Que fait-on quand un jumeau meurt ?

Une statuette, le hohovi, est sculptée ; le jumeau vivant ou ses parents en prennent soin, et la relation se poursuit.

Pourquoi dit-on qu’un jumeau « va dans les bois » ?

Selon la tradition d’Abomey, ce serait l’héritage du roi Akaba, jumeau de Hangbe, qui aurait disparu dans les bois au lieu de mourir.

Quels prénoms donne-t-on aux jumeaux au Bénin ?

Les usages varient. Un exposé de 1973 cite Zinsou pour le premier jumeau ; d’autres sources citent Dossou et Dossi. Le mieux est de demander aux aînés de la famille.

Un enfant né par le siège est-il un jumeau ?

Dans certaines traditions, l’enfant né par le siège, Agossou ou Agossi, est considéré et traité comme un jumeau.

Glossaire

  • Hòxó : les jumeaux, chez les Fon.
  • Hohovi : la statuette de bois d’un jumeau, chez les Adja et les Fon.
  • Ibeji : la statuette de jumeau chez les Yoruba, appelés Anago au Bénin.
  • Agossou, Agossi : l’enfant né par le siège, parfois assimilé aux jumeaux.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] ASSOGBA Z. L., « Rites liés à la naissance des jumeaux chez les Fon (Dahomey) », Annuaire de l’École pratique des hautes études, section des sciences religieuses, t. 85, 1973. Consulter

[3] Hohovi.fr, « Le culte des jumeaux au Dahomey et dans l’actuelle République du Bénin ». Consulter

[4] LAFFORGUE Éric, « Benin’s Living Dead. The Voodoo Twins Tradition », reportage photographique dans la région de Bopa. Consulter

[5] Afrik.com, « Bénin : Hôxô Kablikodjoe, le culte des jumeaux », pour le récit d’Akaba et de Hangbe. Consulter

[6] Parlons fongbe, « Prénoms jumeaux fon et yoruba : différences culturelles ». Consulter

[7] Mon patrimoine, ma richesse, « Hoxo (les jumeaux) », 2020, pour l’enfant né par le siège. Consulter

Sources

  • ASSOGBA Z. L., « Rites liés à la naissance des jumeaux chez les Fon (Dahomey) », Annuaire de l’EPHE, 1973.
  • LAFFORGUE Éric, « Benin’s Living Dead. The Voodoo Twins Tradition ».
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Les jumeaux, Hòxó », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 020, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/jumeaux/hoxo/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.