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Le Gèlèdè

Les masques des mères

Entrée n° 023 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 7 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Le Gèlèdè est une cérémonie de masques du peuple yoruba-nago, au Bénin, au Nigeria et au Togo, qui rend hommage à la mère primordiale, Iyà Nlà, et au rôle des femmes dans la société. Danses, chants et masques sculptés y mêlent la mémoire, la poésie et la satire. Proclamé chef-d’œuvre par l’UNESCO en 2001, il est inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Au temple de Sakété, ce que je connais du Gèlèdè

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Le Gèlèdè appartient à l’univers culturel yoruba-nago, qui dépasse largement les frontières actuelles du Bénin. Dans notre région, il faut le regarder en tenant compte de l’histoire des populations et des territoires : le Plateau béninois est particulièrement important pour comprendre cette tradition. Je connais le Gèlèdè comme une tradition qui associe les masques, les chants, la danse, la mémoire, et une conception particulière du rapport aux femmes et aux puissances féminines[1].

Mais je veux être précis sur un point : je ne vais pas attribuer au temple de Sakété une cérémonie particulière du Gèlèdè si je ne peux pas l’établir. Sakété a une forte histoire nago et entretient de nombreuses relations culturelles avec les traditions du Plateau. Une pratique yoruba-nago observée à Kétou, à Savè ou ailleurs n’est pas pour autant une pratique identique de Sakété. C’est une erreur fréquente, lorsqu’on veut résumer trop vite les traditions béninoises.

L’essentiel

  • Le Gèlèdè honore Iyà Nlà, la mère primordiale, et la place des femmes dans la société.
  • C’est la seule société de masques connue à être aussi dirigée par des femmes.
  • Ses chants et ses masques mêlent mémoire, poésie, humour et critique sociale.

Le masque est important, mais le Gèlèdè est aussi une mémoire, des chants, une organisation et une transmission[1].

Un patrimoine de l’humanité

Selon l’UNESCO, le Gèlèdè est pratiqué par la communauté yoruba-nago établie au Bénin, au Nigeria et au Togo. Depuis plus d’un siècle, cette cérémonie rend hommage à la mère primordiale, Iyà Nlà, et au rôle que jouent les femmes dans l’organisation sociale et le développement de la société yoruba. Proclamé en 2001, le patrimoine oral Gèlèdè a été inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité[2].

Le Gèlèdè a lieu chaque année après les récoltes, lors d’événements importants, et en cas de sécheresse ou d’épidémie. La cérémonie se déroule généralement de nuit, sur une place publique, près d’une maison où les danseurs se préparent ; les chanteurs et les tambours paraissent les premiers. Les chants, en yoruba, retracent l’histoire et les mythes du peuple yoruba-nago[2].

Masque gèlèdè yoruba en bois peint, à la coiffe de femme nouée en plusieurs couleurs
Masque gèlèdè, fin du XIXᵉ ou début du XXᵉ siècle : porté par un danseur, il honore les femmes et les « grandes mères » ; sa coiffe reproduit un foulard noué de femme. Photo : Brooklyn Museum, n° 22.227, CC BY.

Pourquoi le Gèlèdè honore les mères

C’est l’un des aspects les plus importants à comprendre. Le Gèlèdè rend hommage à Iyà Nlà, la mère primordiale, et reconnaît le rôle des femmes dans l’organisation et le développement de la société yoruba. Mais il ne faut pas imaginer une simple fête où l’on vient « remercier les mamans ». La notion de maternité est beaucoup plus profonde : elle renvoie à la puissance féminine, à la fécondité, à la continuité de la société, à la capacité de donner la vie, et à la place des femmes dans l’équilibre de la communauté[1][2].

Les musées le disent aussi : les masques gèlèdè sont portés par des danseurs hommes, lors de fêtes qui honorent les femmes de la communauté, vivantes et défuntes, et en particulier les puissantes « grandes mères », les femmes âgées comme les ancêtres[3]. L’UNESCO précise que la communauté est organisée en groupes d’hommes et de femmes, dirigés chacun par un responsable, et que le Gèlèdè est la seule société de masques connue à être aussi dirigée par des femmes. Bien qu’il se soit adapté à une société plus patriarcale, son patrimoine oral et ses danses témoignent d’un ancien ordre matriarcal[2].

Le masque, la satire et la mémoire

Le Gèlèdè possède une dimension sociale. Les chants et les performances peuvent parler de la vie collective, des comportements humains, des relations entre les personnes, et de ce qui doit être corrigé dans la communauté. L’humour et la satire y ont leur place[1]. L’UNESCO décrit un patrimoine oral qui mêle poésie épique et lyrique, ironie et dérision, porté par des masques satiriques[2].

Les masques en donnent des exemples frappants. Au Brooklyn Museum, un masque du début du XXᵉ siècle représente un gendarme français : il servait probablement à critiquer la conduite des Français pendant la période coloniale[4]. D’autres reproduisent la coiffe nouée des femmes, et documentent ainsi la vie de tous les jours[3].

Masque gèlèdè représentant un gendarme français à l’époque coloniale
Masque gèlèdè d’un gendarme français, début du XXᵉ siècle : le Gèlèdè sait aussi se moquer, et ce masque critiquait sans doute la conduite des Français pendant la période coloniale. Photo : Brooklyn Museum, n° 1991.226.3, CC BY.

Une tradition à transmettre

L’UNESCO relève deux menaces : l’évolution technique, qui fait disparaître peu à peu les savoir-faire traditionnels, et le tourisme, qui risque de réduire la cérémonie à un produit folklorique. La communauté gèlèdè a pourtant une conscience aiguë de la valeur de son patrimoine, comme le montrent l’intense travail de préparation et l’afflux de nouveaux participants[2].

Pour le sauvegarder, le Bénin a construit une Maison internationale du Gèlèdè, et un programme mené de 2003 à 2008 avec l’UNESCO a organisé des ateliers de danse, de sculpture et de costume pour les jeunes et les maîtres. Les premiers ont eu lieu à Kétou et à Kilibo, et un partenariat a été noué entre l’Association Groupe Gèlèdè de Savè et l’université d’Ifè, au Nigeria[5]. Le Gèlèdè a ouvert la voie : c’est après lui que le Bénin prépare aujourd’hui la candidature du Vodun[6].

Lorsqu’une tradition religieuse et sociale devient visible au public, elle reste une tradition pour ceux qui la portent. Il faut éviter d’en faire un simple spectacle folklorique[1]. Voir aussi les autres sociétés de masques : les Egungun, le Zangbéto et Oro.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Les chants du Gèlèdè, en yoruba, retracent l’histoire et les mythes du peuple yoruba-nago[2].

Ce qui relève de l’observation directe

La place du Gèlèdè dans le Plateau, et la prudence à ne pas attribuer à Sakété une pratique non établie, viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

L’hommage à Iyà Nlà, la direction partagée avec les femmes, la satire, l’inscription de 2008 et le programme de sauvegarde sont établis par l’UNESCO et les musées[2][5][4].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans la maternité gèlèdè une puissance féminine bien plus large que l’hommage aux mères est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La part de l’ancien ordre matriarcal dans le Gèlèdè actuel reste une hypothèse discutée[2].

Les erreurs fréquentes sur le Gèlèdè

  • « Le Gèlèdè, ce sont de beaux masques. » Derrière le masque, il y a une mémoire, des chants, une organisation et une transmission[1].
  • « Les hommes dansent et les femmes regardent. » Le Gèlèdè est la seule société de masques connue à être aussi dirigée par des femmes[2].
  • « C’est une fête des mères. » Il honore Iyà Nlà, la mère primordiale, et la puissance féminine dans toute la société[1][2].
  • « Toutes les villes nago pratiquent le même Gèlèdè. » Une pratique observée à Kétou ou à Savè n’est pas forcément identique ailleurs[1].
  • « C’est un spectacle folklorique. » C’est une tradition vivante, que le tourisme menace justement de folkloriser[2].

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Gèlèdè ?

Une cérémonie de masques du peuple yoruba-nago, au Bénin, au Nigeria et au Togo, qui rend hommage à la mère primordiale, Iyà Nlà, et au rôle des femmes dans la société.

Le Gèlèdè est-il inscrit à l’UNESCO ?

Oui : proclamé en 2001, le patrimoine oral Gèlèdè est inscrit depuis 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Qui est Iyà Nlà ?

La mère primordiale, à laquelle le Gèlèdè rend hommage.

Qui porte les masques gèlèdè ?

Des danseurs hommes. Mais la société est organisée en groupes d’hommes et de femmes, et c’est la seule société de masques connue à être aussi dirigée par des femmes.

Quand a lieu le Gèlèdè ?

Chaque année après les récoltes, lors d’événements importants, et en cas de sécheresse ou d’épidémie ; la cérémonie se déroule généralement de nuit, sur une place publique.

Pourquoi certains masques gèlèdè sont-ils comiques ?

Le Gèlèdè mêle ironie et dérision : certains masques, comme celui d’un gendarme français, critiquaient la société ou le pouvoir colonial.

Où voir le Gèlèdè au Bénin ?

Dans les communautés yoruba-nago du Plateau et du centre, comme Kétou ou Savè ; le Bénin a aussi construit une Maison internationale du Gèlèdè.

Le Gèlèdè est-il un vodun ?

Il fait partie des sociétés de masques du Bénin, à côté des Egungun et du Zangbéto, avec son histoire et ses règles propres.

Glossaire

  • Gèlèdè : la cérémonie de masques yoruba-nago en l’honneur de la mère primordiale.
  • Iyà Nlà : la mère primordiale, en yoruba.
  • Nago : le nom donné au Bénin aux populations yoruba.
  • Grandes mères : les femmes âgées et les ancêtres féminines honorées par le Gèlèdè.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] UNESCO, Patrimoine culturel immatériel, « Le patrimoine oral Gèlèdé », inscrit en 2008 (proclamé en 2001). Consulter

[3] Brooklyn Museum, « Gelede Mask », n° 22.227, notice. Consulter

[4] Brooklyn Museum, « Gelede Helmet Mask of a Gendarme », n° 1991.226.3, notice. Consulter

[5] UNESCO, « Action Plan for the Safeguarding and Promotion of the Oral Tradition of Gelede », 2003-2008. Consulter

[6] Banouto, « Inscription du Vodun au patrimoine immatériel de l’humanité à l’UNESCO : le Bénin renforce ses acteurs », 18 novembre 2025. Consulter

Sources

  • UNESCO, « Le patrimoine oral Gèlèdé », inscrit en 2008.
  • Brooklyn Museum, masques gèlèdè n° 22.227 et 1991.226.3.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Le Gèlèdè », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 023, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/societes/gelede/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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