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Les tambours du vodun

Le rythme qui parle

Entrée n° 030 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 6 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Dans le vaudou béninois, les tambours, les gongs et les cloches font bien plus qu’accompagner la danse : le rythme organise le temps de la cérémonie, porte les chants, salue les divinités et peut participer à la relation avec le vodun. Chaque tradition a ses instruments et ses noms : bàtá chez les Nago-Yoruba de Sakété, gan, le gong de métal, chez les Fon, gansou et kaka pour le Zangbéto.

Au temple de Sakété, le tambour

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Le tambour fait bien plus que faire danser. Dans une cérémonie, le rythme organise le temps, accompagne les chants et les mouvements, soutient la cérémonie, et peut participer à la relation avec le vodun. À Sakété, cette importance de la musique rituelle est ancienne et documentée. La musique appartient à l’histoire religieuse et culturelle de la région, bien avant l’arrivée des visiteurs[1].

L’essentiel

  • Le rythme organise la cérémonie, porte les chants et salue les divinités.
  • Chaque tradition a ses instruments et ses noms : il n’existe pas de liste unique pour tout le Bénin.
  • Un rythme se comprend dans son contexte ; il ne se traduit pas mot à mot.

Le langage du tambour dépend du contexte, du joueur, des chants et de la tradition[1].

Sakété, 1955 : les tambours de Shango

Les archives sonores du CNRS conservent un témoignage précieux : les enregistrements faits par le photographe et ethnologue Pierre Verger lors de la cérémonie annuelle de Shango, l’Odun Shango, dans la sous-préfecture de Sakété, en 1955. On y entend une batterie de trois tambours bàtá à une membrane et une cloche, des chœurs de femmes qui chantent au loin les oriki, les louanges de Shango, et les bruits de la foule qui salue la divinité. Une notice précise que, par moments, « le tambour iya parle »[2].

Trois ans plus tôt, en septembre 1952, Gilbert Rouget et Pierre Verger avaient déjà enregistré un oriki de Shango à Adja-Ouèrè, près de Pobè, sur le même plateau[3]. Ils ont aussi enregistré au Dahomey des chants pour les signes du Fâ, des chants pour les vodun et des veillées pour les revenants[4].

La musique des palais

La musique rituelle vit aussi dans les cours royales. Gilbert Rouget a consacré un livre entier aux chants et aux danses du palais de Porto-Novo sous le règne du roi Gbèfa, de 1948 à 1976 : une musique de cour, où chaque moment de la vie royale a ses chants et ses rythmes[5]. Dans le Gèlèdè, ce sont aussi les chanteurs et les tambours qui ouvrent la cérémonie, avant l’entrée des masques[6].

Tambours, gongs et cloches

Il faut éviter de donner une liste unique, comme si tous les temples du Bénin utilisaient exactement les mêmes instruments et les mêmes noms. Dans les traditions fon et du Sud du Bénin, on rencontre notamment le mot gan pour le gong métallique, et différentes appellations pour les tambours selon leur fonction et leur ensemble musical ; dans d’autres ensembles, on rencontre par exemple le tambour kpézin, et le vocabulaire change selon les traditions. À Sakété, les archives montrent les bàtá, dans le contexte nago-yoruba[1][2].

InstrumentTraditionRepère
BàtáNago-YorubaBatterie de trois tambours à une membrane, enregistrée à Sakété en 1955 pour Shango
IyaNago-YorubaLe grand tambour de la batterie bàtá, celui qui « parle »
AdjaNago-YorubaLa cloche qui accompagne les bàtá
GanFonLe gong de métal
Gansou et kakaZangbétoLe grand gong, et la musique des bois que l’on fait claquer
Quelques instruments des cultes du Sud du Bénin, d’après les archives et les sources citées ; chaque tradition a ses propres noms.

C’est une bonne illustration de la réalité du Bénin : les cultures fon, nago-yoruba, goun, adja et les autres se rencontrent et se répondent. Le Zangbéto, par exemple, sort au son du gansou, le grand gong, ou du kaka, la musique des bois que l’on fait claquer[1][7].

Le rythme « parle-t-il » au vodun ?

Oui, dans le sens où un rythme est bien plus qu’une suite de sons. Il peut identifier une cérémonie, accompagner un moment précis, saluer une divinité, ou annoncer quelque chose à ceux qui connaissent le langage musical[1].

Mais je ne vais pas publier ici des transcriptions de rythmes réservés, ni prétendre qu’un rythme possède une traduction française mot à mot. Le langage du tambour dépend du contexte, de celui qui joue, du rythme, des chants, de la cérémonie et de la tradition concernée. Le tambour accompagne aussi la transe, que Gilbert Rouget a étudiée dans son grand livre sur la musique et la possession[8].

À Sakété, le langage du tambour accompagne aussi les sorties d’Oro et des Egungun ; pour la ville elle-même, voir Sakété[1].

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Les rythmes, leur sens et les règles de leur jeu se transmettent entre musiciens et dans les maisons de culte[1].

Ce qui relève de l’observation directe

Le rôle du tambour dans la cérémonie, et le refus de traduire un rythme mot à mot, viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

Les enregistrements de Sakété en 1955 et d’Adja-Ouèrè en 1952, la musique de cour de Porto-Novo et l’ouverture du Gèlèdè par les tambours sont établis par les archives du CNRS, Gilbert Rouget et l’UNESCO[2][3][5][6].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir le rythme comme une parole qui dépend de son contexte est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

Les noms des instruments varient selon les langues, les traditions et les villes[1].

Les erreurs fréquentes sur les tambours

  • « Le tambour sert à faire danser. » Il organise la cérémonie, porte les chants et salue les divinités[1].
  • « Tous les temples ont les mêmes tambours. » Chaque tradition a ses instruments et ses noms[1].
  • « Un rythme se traduit mot à mot. » Son langage dépend du contexte, du joueur et de la cérémonie[1].
  • « La musique rituelle est une invention pour les touristes. » Elle est documentée depuis les années 1950 au moins[2][3].

Questions fréquentes

Quel est le rôle du tambour dans le vaudou ?

Il organise le temps de la cérémonie, accompagne les chants et les danses, salue les divinités, et peut participer à la relation avec le vodun.

Que sont les tambours bàtá ?

Une batterie de trois tambours à une membrane, propre aux cultes nago-yoruba, enregistrée à Sakété en 1955 lors de la cérémonie de Shango.

Qu’est-ce que le gan ?

Le gong de métal, dans les traditions fon.

Le tambour parle-t-il vraiment ?

Un rythme peut saluer une divinité ou annoncer quelque chose à ceux qui le comprennent, mais il ne se traduit pas mot à mot.

Existe-t-il des enregistrements anciens de cérémonies vodun ?

Oui : les archives du CNRS conservent des enregistrements de Gilbert Rouget et de Pierre Verger faits au Dahomey en 1952, et à Sakété en 1955.

Les tambours provoquent-ils la transe ?

Ils l’accompagnent et l’encadrent, selon les règles de chaque culte.

Glossaire

  • Bàtá : la batterie de tambours des cultes nago-yoruba.
  • Gan : le gong de métal, en fon.
  • Iya : le grand tambour de la batterie bàtá.
  • Oriki : les chants de louange, en yoruba.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] CREM-CNRS, collection « Dahomey, population Nago (Sango-Sakété) », Pierre Verger, 1955-1957 : « Cérémonie annuelle de Shango ». Consulter

[3] CREM-CNRS, « Oriki de Shango », enregistré par Gilbert Rouget et Pierre Verger le 7 septembre 1952 à Adja-Ouèrè. Consulter

[4] Concertzender, « Source of Sound 52 : Voodoo », sur les enregistrements de Gilbert Rouget et Pierre Verger au Dahomey en 1952. Consulter

[5] ROUGET Gilbert, Un roi africain et sa musique de cour. Chants et danses du palais à Porto-Novo sous le règne de Gbèfa (1948-1976), Paris, CNRS Éditions, 1996.

[6] UNESCO, Patrimoine culturel immatériel, « Le patrimoine oral Gèlèdé », inscrit en 2008. Consulter

[7] Patrimoine Bénin, fiche « Zangbeto, rites liés aux masques Zangbéto », PN/PCI-287, pour le gansou et le kaka. Consulter

[8] ROUGET Gilbert, La Musique et la transe. Esquisse d’une théorie générale des relations de la musique et de la possession, Paris, Gallimard, 1980.

Sources

  • CREM-CNRS, collection « Dahomey, population Nago (Sango-Sakété) », Pierre Verger, 1955-1957.
  • CREM-CNRS, « Oriki de Shango », Gilbert Rouget et Pierre Verger, 1952.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Les tambours du vodun », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 030, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/musique/tambours-du-vodun/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.