Dans certaines cérémonies vodun, une personne entre dans un état que la communauté reconnaît comme la présence ou l’incorporation d’un vodun : c’est la transe de possession. Elle survient au son des tambours et des chants, dans un cadre rituel précis, et la communauté sait la reconnaître et l’accompagner. Une partie seulement des vodunsi entre en transe, et la transe se distingue de la folie, de la simulation comme du spectacle.
Au temple de Sakété, ce que je dis de la transe

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété
La transe est une réalité religieuse dans certaines cérémonies vodun. Dans certaines traditions, une personne peut entrer dans un état que la communauté interprète comme la présence ou l’incorporation d’un vodun. Je veux cependant éviter une impression fausse : une partie seulement des vodunsi entre en transe. Les rôles religieux diffèrent, et les relations avec le vodun aussi[1].
Dans certains cultes, les personnes les plus avancées dans la transmission ne sont même pas nécessairement celles dont la transe est la plus spectaculaire. C’est un point que les visiteurs comprennent rarement.
L’essentiel
- La transe est une réalité religieuse de certaines cérémonies, que la communauté reconnaît et accompagne.
- Tous les vodunsi n’entrent pas en transe, et la transe la plus visible ne signale pas le rang le plus élevé.
- Ni folie, ni simulation, ni spectacle : on respecte ce que vit la personne.
La communauté qui connaît la cérémonie sait ce qu’elle regarde[1].
La musique et la transe
L’ethnomusicologue Gilbert Rouget a consacré à ce phénomène son grand livre de 1980, La Musique et la transe, fondé en grande partie sur ce qu’il avait observé et enregistré en Afrique de l’Ouest au début des années 1950. Il y étudie, dans de nombreuses cultures, les relations entre la musique et la possession, et montre que la musique accompagne et encadre la transe sans la provoquer mécaniquement[2][3].
Au Dahomey, Rouget a enregistré avec Pierre Verger, dès 1952, des chants pour les vodun et pour Shango, des veillées pour les revenants et des chants pour les signes du Fâ[3]. Pour lui, l’initiation est d’abord l’apprentissage d’un comportement musical : au couvent, les novices apprennent les chants et les danses qui leur permettront, par la musique, de mettre en communication les hommes et les dieux[4].
Des initiés qui apprennent à recevoir le dieu
L’Encyclopaedia Universalis décrit, en Afrique, des formes de possession qui vont de la transe simple à la possession où le dieu présent délivre un message et dialogue avec les hommes. Pour les vodun du Bénin, elle relève de véritables collèges d’initiés qui, sous la direction des maîtres du culte, deviennent les réceptacles des dieux, leurs « chevaux ». La transe et la possession y sont progressivement intégrées : l’initié apprend à être disponible à l’appel du dieu, qui ne viendra plus en lui qu’au cours des cérémonies organisées par la collectivité[5].
Le même mot de cheval se retrouve de l’autre côté de l’Atlantique : en Haïti, on parle de la « chevauchée des dieux », quand les divinités investissent le corps d’un fidèle au cours d’une transe[6]. Voir Le vodun dans les Amériques.
Une communauté qui encadre
Un rapport de recherche établi en 2013 pour le gouvernement canadien, à partir d’entretiens avec des anthropologues, décrit l’organisation d’une communauté initiatique au Bénin. Parmi les responsables qui entourent les adeptes, l’un est chargé de la sécurité du temple et sert de porte-parole des adeptes ; un autre, obligatoirement un homme, est chargé de contrôler le comportement des adeptes masculins, notamment de ceux qui entrent en transe. Le même rapport rappelle qu’un vodun peut choisir une personne par un vœu à sa naissance, par des rêves ou même par des maladies[7].
Qui entre en transe ?
Cela dépend de la tradition, du vodun, de la personne et du contexte rituel. On ne décide pas simplement : « aujourd’hui, je vais faire une transe ». Et une personne qui danse fortement pendant une cérémonie n’est pas pour autant possédée[1].
La communauté qui connaît la cérémonie sait ce qu’elle regarde, et elle sait aussi accompagner la personne. C’est pourquoi une transe ne doit pas devenir un spectacle pour les visiteurs. Dans un contexte rituel, les personnes présentes ont une responsabilité : protéger, encadrer, maintenir l’ordre de la cérémonie, et respecter la personne concernée.
| Ce que l’on voit | Ce que cela signifie |
|---|---|
| Une personne danse avec force | Elle peut simplement danser |
| Une personne entre en transe | La communauté la reconnaît et l’accompagne, selon les règles de la cérémonie |
| Un initié avancé ne tombe pas en transe | Le rang dans la transmission ne se mesure pas à la transe |
| Un visiteur filme la scène | La transe se respecte ; on demande avant de photographier |
Folie, simulation ou spectacle ?
Je rejette les trois explications lorsqu’elles sont utilisées automatiquement. Dire « c’est un fou » ne permet pas de comprendre l’expérience religieuse. Dire « il simule » ne permet pas davantage de la comprendre. Et dire « regardez le spectacle » transforme une expérience religieuse en divertissement. Le cinéma a beaucoup contribué à ces images : voir Vodun, vaudou, voodoo[1].
La recherche montre d’ailleurs que la transe peut être étudiée à la fois comme une expérience individuelle et comme un phénomène social et religieux, codifié par chaque culture[2]. Pour moi, la bonne attitude consiste à respecter ce que vit la personne, et à ne pas prétendre savoir de l’extérieur ce qu’elle ressent[1].
Pour le visiteur
Pendant les grandes cérémonies publiques, comme celles de la fête du vodun, il arrive que des vodunsi entrent en transe devant le public. Le visiteur n’a pas à intervenir : la communauté sait ce qu’elle fait. Il doit garder ses distances, ne pas photographier sans autorisation, et ne pas traiter ce moment comme une attraction[1].
Ce que l’on sait, et comment on le sait
Ce qui relève de la tradition orale
La manière dont chaque culte reconnaît et accompagne la transe se transmet dans les maisons de vodun[1].
Ce qui relève de l’observation directe
La place de la transe selon les rôles, et la responsabilité de la communauté, viennent de ma pratique[1].
Ce qui est documenté
Le lien entre musique et possession, l’apprentissage au couvent, les collèges d’initiés et les responsables qui encadrent la transe sont décrits par Gilbert Rouget, les encyclopédies et les chercheurs[2][4][5][7].
Ce qui relève de l’interprétation
Refuser de réduire la transe à la folie, à la simulation ou au spectacle est une position que je défends[1].
Ce qui reste discuté
La nature exacte de la transe, entre expérience individuelle et phénomène social, fait l’objet de débats scientifiques[2].
Les erreurs fréquentes sur la transe
- « Tous les vodunsi entrent en transe. » Les rôles religieux diffèrent, et beaucoup d’initiés n’entrent pas en transe[1].
- « Plus la transe est forte, plus l’initié est important. » Le rang dans la transmission ne se mesure pas à la transe[1].
- « La transe, c’est de la folie ou de la comédie. » C’est une expérience religieuse, encadrée par une communauté[1][2].
- « La musique provoque la transe automatiquement. » Elle l’accompagne et l’encadre, selon les règles de chaque culte[2].
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la transe dans le vaudou ?
Un état dans lequel une personne est reconnue par la communauté comme habitée par un vodun, au cours de certaines cérémonies.
Tous les vodunsi entrent-ils en transe ?
Non : les rôles religieux diffèrent, et beaucoup d’initiés n’entrent pas en transe.
La transe est-elle une folie ?
Non : c’est une expérience religieuse, que la communauté reconnaît, encadre et accompagne.
Les tambours provoquent-ils la transe ?
La musique accompagne et encadre la transe, selon les règles de chaque culte ; Gilbert Rouget l’a étudié dans La Musique et la transe, en 1980.
Peut-on photographier une transe ?
Il faut demander l’autorisation des responsables, et ne jamais traiter ce moment comme un spectacle.
Que faire si une personne entre en transe près de soi ?
Ne pas intervenir et garder ses distances : la communauté sait accompagner la personne.
Glossaire
- Possession : l’état d’une personne reconnue comme habitée par un vodun.
- Transe : l’état modifié dans lequel se manifeste la possession.
- Vodunsi : l’initié consacré à un vodun.
Notes et références
[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.
[2] ROUGET Gilbert, La Musique et la transe. Esquisse d’une théorie générale des relations de la musique et de la possession, Paris, Gallimard, 1980.
[3] Concertzender, « Source of Sound 52 : Voodoo », sur les enregistrements de Gilbert Rouget et Pierre Verger au Dahomey en 1952. Consulter
[4] ROUGET Gilbert, Initiatique vôdoun. Images du rituel, Saint-Maur, Sépia, 2001.
[5] Encyclopædia Universalis, « Afrique noire (culture et société) : religions », partie « Relations entre les hommes et les dieux ». Consulter
[6] BERNAND Carmen, « La chevauchée des dieux : le vaudou haïtien », Clio. Consulter
[7] Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, « Information générale sur le vaudou au Bénin », réponse aux demandes d’information BEN104597, 2013, d’après des entretiens avec des anthropologues. Consulter
Sources
- ROUGET Gilbert, La Musique et la transe, Gallimard, 1980.
- ROUGET Gilbert, Initiatique vôdoun, Sépia, 2001.
- Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026
Citer cette entrée
Wêtê Agbonon, « La transe et la possession », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 029, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/transe/transe-et-possession/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.
- Dernière vérification : 6 octobre 2026
- Réutilisation : libre, avec citation, sous licence CC BY 4.0
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