Gou est le vodun du fer : de la forge, des outils, de la chasse et des armes, et aujourd’hui de tous les métiers du métal, du forgeron au mécanicien et au chauffeur. Il est aussi le sujet du chef-d’œuvre de la sculpture vodun, la statue de fer d’Akati Ekplékendo, conservée au Louvre et réclamée par le Bénin.
Gou au temple de Sakété

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété
Quand on me parle de Gou, beaucoup de personnes pensent immédiatement à la guerre. C’est compréhensible, parce que Gou est effectivement associé aux armes et à la force. Mais si je réduis Gou au dieu de la guerre, je passe à côté d’une grande partie de ce qu’il représente dans notre tradition. Gou est lié au fer, au travail, aux outils, à la forge, à la chasse, aux armes et, plus largement, à tous ceux dont l’activité dépend du métal et de la technique[1].
À Sakété, je ne présenterais pas Gou comme un vodun dont je peux simplement donner une liste d’offrandes ou de gestes rituels au public. Il existe une dimension cultuelle de Gou, mais ce qui se transmet dans une maison dépend de la tradition, de la famille et de la fonction du lieu. Ce que je peux dire publiquement, c’est que Gou appartient à ces forces avec lesquelles l’homme entretient une relation particulière, parce qu’elles touchent directement à son travail et à sa sécurité.
Le fer n’est pas seulement un matériau. Avec le fer, on fabrique une houe, une machette, un couteau, un outil, une arme, une pièce mécanique. Avec le fer, on travaille la terre, on construit, on répare, on se déplace, et on peut aussi se blesser. C’est cette relation entre l’homme, le fer, le travail et le danger qui permet de comprendre Gou.
L’essentiel
- Gou est le vodun du fer : la forge, les outils, la chasse, les armes et la technique.
- Aujourd’hui, il concerne tous les métiers du métal, du forgeron au mécanicien et au conducteur.
- Il rappelle la responsabilité de l’homme face à la force qu’il met entre ses propres mains.
Être dans un métier associé à Gou ne signifie pas pour autant être consacré à Gou : le service d’un vodun est une affaire de vocation, de transmission et de consécration[1].
Du forgeron au mécanicien
Gou, divinité du feu et de la guerre qui a le fer pour attribut, est le patron des chasseurs et des forgerons ; depuis l’arrivée des automobiles, il est aussi celui des chauffeurs et des mécaniciens. Au Sud-Bénin, il n’a pas de temple qui lui soit spécifiquement dédié : on le trouve dans les cours, sur de petits autels faits de piques de fer fichées dans le sol, et il tend à devenir une divinité des corporations du fer. C’est ce qu’observait en 1995 l’anthropologue Emmanuelle Kadya Tall[2]. Les chercheurs réunis à Porto-Novo en 2016 le décrivent de même, tout à la fois défricheur, chasseur, forgeron, éclaireur, soldat, et aujourd’hui chauffeur, mécanicien, aviateur ou informaticien : les artisans du métal sollicitent sa bienveillance, et l’installent près de leur atelier[3].
Autrefois, lorsque l’on parlait de Gou, on pensait naturellement au forgeron, au chasseur et au guerrier. Mais le monde a changé, et le métal est partout. Le mécanicien travaille avec le métal. Le soudeur aussi. Le conducteur est entouré de pièces métalliques et d’une machine qui peut devenir dangereuse. L’électricien, le réparateur, certains artisans et de nombreux métiers techniques utilisent des outils et des équipements qui appartiennent à cet univers. La tradition s’est adaptée aux métiers de notre époque[1].
Cela ne signifie pas que toute personne qui conduit une voiture devient automatiquement serviteur de Gou. Il faut distinguer être concerné par la puissance d’un vodun, et être consacré à ce vodun. On ne devient pas serviteur de Gou simplement parce que l’on travaille avec une clé à molette.
Gou et la route
C’est pour cela que les gens associent Gou aux accidents, et je comprends cette association. Une voiture est une machine faite de métal ; une moto aussi. Une route met en relation la vitesse, la machine, l’homme et le danger. Mais je refuse une interprétation trop simple qui consisterait à dire : « Il y a eu un accident, donc c’est Gou. » Ce n’est pas ainsi que je raisonne. Un accident peut avoir une cause mécanique, humaine, médicale ou environnementale. Il faut d’abord regarder la réalité avec sérieux[1].
Dans la tradition, Gou peut être associé au danger du fer et aux accidents, ce qui explique certaines interprétations religieuses. Mais cela ne doit jamais conduire quelqu’un à négliger la mécanique, le code de la route, la prudence ou les soins médicaux. Pour moi, respecter Gou, c’est aussi respecter la réalité du monde dans lequel nous vivons : une personne qui conduit doit entretenir son véhicule, respecter la route et éviter les comportements dangereux. Le vodun ne dispense pas l’homme de ses responsabilités.
La statue d’Akati Ekplékendo
La plus célèbre image de Gou est une statue de fer grandeur nature, attribuée à Akati Ekplékendo, un artiste originaire de Doumé, au nord-ouest d’Abomey, fait prisonnier lors d’une campagne du roi Glèlè et amené à la cour[4][5]. Le roi la lui aurait commandée au début de son règne, vers 1858[5][4]. Elle mesure 178,5 centimètres[6].

La statue est entièrement faite de ferraille d’origine européenne, martelée, clouée et rivetée, en plaques ou en barres[7]. C’est une œuvre de récupération, au sens propre : le fer venu d’Europe par le commerce y devient le corps du vodun du fer[4]. À la fin du XIXᵉ siècle, c’était l’une des rares statues de fer de taille humaine venues d’Afrique[7].
Son parcours suit l’histoire coloniale. Pendant la conquête du royaume, le capitaine Eugène Fonssagrives la trouve à Ouidah et la donne au musée d’ethnographie du Trocadéro, où elle est inventoriée en 1894[5][4]. La même année, Maurice Delafosse la présente dans la revue La Nature, comme une « statue dahoméenne en fonte »[8]. Elle passe ensuite au musée de l’Homme, puis au musée du quai Branly ; depuis 2000, elle est exposée au Pavillon des Sessions du Louvre[7][5].
Quand je regarde cette statue, je ne vois pas seulement une œuvre d’art. Je vois aussi une partie de notre histoire. Le fer qui compose cette figure, la manière dont il a été travaillé, les armes et les outils qui participent à sa représentation : tout cela rappelle la place de Gou dans la société et dans la pensée religieuse du royaume du Danxomè[1].
Une statue réclamée par le Bénin
Le Bénin a demandé le retour de la statue dès 2016, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci[9]. Elle ne figurait pourtant pas parmi les 26 trésors royaux d’Abomey rendus par la France en 2021, ce que des voix béninoises ont publiquement interrogé[10].
En juillet 2026, le gouvernement béninois a installé à Cotonou un comité scientifique national, présidé par Alain Godonou, pour appuyer une nouvelle demande portant sur 35 biens culturels et des archives conservés dans les collections publiques françaises[11]. Cette demande s’appuie sur une loi-cadre française facilitant les restitutions, entrée en vigueur en mai 2026, et la sculpture de Gou figure parmi les objets réclamés[12]. Le plateau de Fâ de Guèdègbé, le bokonon de la cour de Béhanzin, fait aussi partie de la liste[13].
La question de la restitution est importante pour moi. Je comprends parfaitement que le Bénin demande que ses biens culturels puissent revenir sur son territoire. Pour moi, la restitution ne signifie pas simplement « reprendre une vieille statue dans un musée ». Il s’agit de permettre au peuple qui a produit ces œuvres de retrouver une partie de son histoire, et de pouvoir la transmettre dans son propre environnement[1].
Mais je fais aussi une distinction entre la statue de Gou conservée au Louvre et le Gou vivant dans nos temples. La statue est un objet historique et patrimonial. Le Gou que nous servons dans la tradition est une réalité religieuse. Il ne faut pas confondre les deux.
Gou, Ogun, Ogou et Ogum
Gou est d’origine yoruba[2]. Chez les Yoruba, on parle d’Ogun ; dans la diaspora, d’Ogou en Haïti et d’Ogum au Brésil. Les chercheurs ont étudié cette diffusion d’un continent à l’autre, notamment dans l’ouvrage collectif Africa’s Ogun, dirigé par l’anthropologue Sandra Barnes[14].
Personnellement, je ne dirais pas : « Gou du Bénin, Ogun du Nigeria, Ogou d’Haïti et Ogum du Brésil, c’est exactement la même chose. » Je dirais plutôt qu’il existe une parenté historique et religieuse profonde, avec des transformations selon les peuples, les langues, les lieux et les histoires de la diaspora. Au Bénin, Gou s’inscrit dans nos propres traditions. Chez les Yoruba, Ogun possède son histoire, ses récits et ses formes de culte. En Haïti, Ogou est devenu une grande famille de lwa dans le vodou haïtien. Au Brésil, Ogum a développé ses propres formes dans les religions afro-brésiliennes. Il y a une origine et des correspondances que l’on peut étudier, mais il ne faut pas effacer les différences sous prétexte que les noms se ressemblent[1].
Ce que Gou m’enseigne
Pour moi, Gou représente quelque chose de très concret : la responsabilité face à la force que l’homme met entre ses propres mains. Le fer peut construire. Le fer peut travailler la terre. Le fer peut protéger. Le fer peut également tuer. La voiture peut transporter une famille ou provoquer un accident. La machine peut permettre à un homme de gagner sa vie, ou devenir dangereuse lorsqu’elle est mal utilisée[1].
C’est là que Gou devient beaucoup plus intéressant que l’image d’un « dieu de la guerre ». Gou nous rappelle que la puissance doit être maîtrisée. Le fer a changé de forme, les métiers ont changé, les machines ont changé, mais la relation entre l’homme, la technique, la force et le danger existe toujours.
Ce que disent les chercheurs
Gou et sa statue ont été étudiés par les historiens de l’art et les anthropologues. Les principaux travaux, dans l’ordre chronologique :
- 1894Maurice Delafosse publie le premier article sur la statue, qu’il croit coulée en fonte[8].
- 1989Sandra Barnes réunit les études sur Ogun, en Afrique et dans les Amériques[14].
- 1995Emmanuelle Kadya Tall décrit Gou devenu patron des chauffeurs et des mécaniciens[2].
- 2009Maureen Murphy retrace le parcours de la statue, du champ de bataille au musée[7].
- 2016Un colloque réuni à Porto-Novo étudie la figure du dieu Gou, entre patrimoine royal et création contemporaine[3].
Ce que l’on sait, et comment on le sait
Ce qui relève de la tradition orale
La place de Gou auprès des forgerons, des chasseurs et des guerriers, et l’origine yoruba de son culte, viennent de la tradition, recueillie par les anthropologues[2].
Ce qui relève de l’observation directe
La place de Gou au temple de Sakété, la distinction entre être concerné par Gou et lui être consacré, et la manière de lire les accidents viennent de ma pratique[1].
Ce qui est documenté
L’auteur, la date, la matière et le parcours de la statue, ainsi que les demandes de restitution de 2016 et de 2026, sont établis par les musées, les chercheurs et la presse[5][7][9][12].
Ce qui relève de l’interprétation
Voir en Gou une leçon de responsabilité face à la force est une lecture que je défends[1].
Les erreurs fréquentes sur Gou
- « Gou est le dieu de la guerre. » La guerre fait partie de son histoire, mais Gou est d’abord le vodun du fer, de la forge, des outils, de la chasse et de la technique[1][2].
- « Il y a eu un accident, donc c’est Gou. » Un accident a d’abord des causes mécaniques, humaines, médicales ou environnementales ; le vodun ne dispense pas de la prudence[1].
- « Tout mécanicien est un serviteur de Gou. » Être concerné par Gou n’est pas lui être consacré[1].
- « Gou, Ogun, Ogou et Ogum sont exactement le même. » Ils ont une parenté profonde, mais chaque tradition a son histoire[1][14].
- « La statue du Louvre a été rendue au Bénin en 2021. » Elle ne faisait pas partie des 26 objets restitués ; le Bénin la réclame de nouveau en 2026[10][12].
- « La statue, c’est Gou. » La statue est un objet historique et patrimonial ; le Gou servi dans les temples est une réalité religieuse[1].
Questions fréquentes
Qui est Gou dans le vodun ?
Gou est le vodun du fer : de la forge, des outils, de la chasse et des armes, et aujourd’hui de tous les métiers du métal.
Gou est-il le dieu de la guerre ?
La guerre fait partie de son histoire, mais le réduire au dieu de la guerre est trop étroit : Gou est d’abord lié au fer, au travail et à la technique.
Qui sert Gou aujourd’hui ?
Les forgerons et les chasseurs, et depuis l’arrivée des automobiles les chauffeurs et les mécaniciens, qui installent souvent Gou près de leur atelier. Être concerné par Gou n’est pas pour autant lui être consacré.
Pourquoi associe-t-on Gou aux accidents ?
Parce qu’une voiture ou une moto est une machine de métal, et que la route met en relation la vitesse, la machine et le danger. Mais un accident a d’abord des causes réelles, et la tradition ne dispense pas de la prudence.
Gou a-t-il des temples ?
Au Sud-Bénin, Gou n’a pas de temple qui lui soit spécifiquement dédié : on le trouve dans les cours, sur de petits autels faits de piques de fer.
Qui a sculpté la statue de Gou du Louvre ?
Akati Ekplékendo, un artiste originaire de Doumé, au nord-ouest d’Abomey, vers 1858, pour le roi Glèlè.
Où se trouve la statue de Gou ?
Au musée du quai Branly-Jacques Chirac, qui l’expose depuis 2000 au Pavillon des Sessions du Louvre, à Paris.
La statue de Gou a-t-elle été rendue au Bénin ?
Non. Elle ne figurait pas parmi les 26 objets restitués en 2021. Le Bénin l’a réclamée en 2016, et de nouveau en 2026, parmi 35 biens culturels.
Gou et Ogun sont-ils le même dieu ?
Ils ont une parenté historique profonde, Gou étant d’origine yoruba, mais chaque tradition, au Bénin, au Nigeria, en Haïti et au Brésil, a développé son histoire et ses formes.
De quoi est faite la statue de Gou ?
De ferraille d’origine européenne, martelée, clouée et rivetée. Elle mesure 178,5 centimètres.
Glossaire
- Akati Ekplékendo : le sculpteur de la statue de fer de Gou, originaire de Doumé.
- Glèlè : roi du Danxomè à partir de 1858, commanditaire de la statue.
- Lwa : en Haïti, les esprits du vodou, parmi lesquels la famille des Ogou.
- Ogun, Ogou, Ogum : les noms de la puissance du fer chez les Yoruba, en Haïti et au Brésil.
- Pavillon des Sessions : l’espace du Louvre où le quai Branly expose des chefs-d’œuvre depuis 2000.
Notes et références
[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.
[2] TALL Emmanuelle Kadya, « Dynamique des cultes voduns et du Christianisme céleste au Sud-Bénin », Cahiers des sciences humaines, vol. 31, n° 4, 1995, p. 797-823. Consulter
[3] HOUÉNOUDÉ Didier et MURPHY Maureen (dir.), Création contemporaine et patrimoine royal au Bénin : autour de la figure du dieu Gou, actes du colloque de Porto-Novo du 25 avril 2016, HiCSA, 2018. Consulter
[4] « Double Trophy: “Gou” by Akati Ekplékendo », dans Reading Objects, Heidelberg University Publishing, licence CC BY-SA 4.0, DOI 10.17885/heiup.766.c10416. Consulter
[5] Musée du quai Branly-Jacques Chirac, notice « Sculpture du dieu Gou par Akati Ekplékendo », inv. 71.1894.32.1, parcours du Pavillon des Sessions. Consulter
[6] BEAUJEAN Gaëlle, « La statue de fer dédiée à Gou. Sculpture d’Ekplékendo Akati », dans HOUÉNOUDÉ Didier et MURPHY Maureen (dir.), Création contemporaine et patrimoine royal au Bénin, HiCSA, 2018, p. 12-21.
[7] MURPHY Maureen, « Du champ de bataille au musée : les tribulations d’une sculpture fon », dans Histoire de l’art et anthropologie, Paris, INHA et musée du quai Branly, 2009. Consulter
[8] DELAFOSSE Maurice, « Une statue dahoméenne en fonte », La Nature, n° 1105, 1894, p. 145-147.
[9] RFI, « A. Agbénonci (Bénin) : “Nos biens culturels ont une valeur spirituelle importante” », 4 avril 2017. Consulter
[10] Le Quotidien, « Restitution de 26 objets au Bénin : la France conserve la statue du dieu Gou ». Consulter
[11] APA, « Bénin : un comité pour la restitution de 35 biens culturels », 15 juillet 2026. Consulter
[12] France 24, « Le Bénin réclame à nouveau 35 œuvres et archives coloniales à la France », 6 août 2026. Consulter
[13] La Nouvelle Tribune, « France : le Bénin met en place un comité pour récupérer 35 nouveaux biens culturels », juillet 2026. Consulter
[14] BARNES Sandra T. (dir.), Africa’s Ogun. Old World and New, Bloomington, Indiana University Press, 1989.
Sources
- TALL Emmanuelle Kadya, « Dynamique des cultes voduns et du Christianisme céleste au Sud-Bénin », Cahiers des sciences humaines, 1995.
- MURPHY Maureen, « Du champ de bataille au musée : les tribulations d’une sculpture fon », INHA et musée du quai Branly, 2009.
- HOUÉNOUDÉ Didier et MURPHY Maureen (dir.), Création contemporaine et patrimoine royal au Bénin : autour de la figure du dieu Gou, HiCSA, 2018.
- BARNES Sandra T. (dir.), Africa’s Ogun. Old World and New, Indiana University Press, 1989.
- Musée du quai Branly – Jacques Chirac, notice de la sculpture du dieu Gou, inv. 71.1894.32.1.
- Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026
Citer cette entrée
Wêtê Agbonon, « Gou », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 009, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/vodun/gou/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.
- Dernière vérification : 3 octobre 2026
- Réutilisation : libre, avec citation, sous licence CC BY 4.0
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