Ouidah est la ville du Bénin où se rencontrent l’histoire du vodun, celle de la traite atlantique et celle des retours : ancien port du royaume houéda, comptoir fortifié des Européens, berceau du culte de Dangbé, elle accueille aujourd’hui les cérémonies officielles de la fête du vodun et les Vodun Days. Le vaudou béninois y a l’un de ses visages les plus connus, sans s’y réduire.
Au temple de Sakété, ce que Ouidah représente pour moi

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété
Quand je pense à Ouidah, je pense d’abord à une mémoire, bien au-delà d’une ville touristique où l’on vient voir des temples, des cérémonies ou des pythons. La ville occupe une place particulière dans l’histoire du vodun au Bénin. On y trouve des lieux religieux majeurs, des familles qui portent des traditions anciennes, des espaces sacrés, et une mémoire historique qui dépasse largement les frontières de la ville[1].
Le temple des Pythons, la forêt sacrée de Kpassè, les différentes maisons de vodun et les cérémonies qui s’y déroulent témoignent de cette continuité. Mais Ouidah représente une partie du vodun, et le vodun déborde Ouidah de toutes parts. Il existe des traditions vodun à Abomey, à Sakété, à Porto-Novo, dans les autres régions du Bénin et au-delà. Chaque ville et chaque famille peuvent avoir leurs propres histoires, leurs propres divinités, leurs propres transmissions et leurs propres manières de pratiquer.
Je suis moi-même profondément attaché à la tradition de Sakété. Mon parcours de prêtre vodun et de bokonon vient de cette transmission. Je peux donc regarder Ouidah avec respect, sans chercher à faire de Sakété une copie de Ouidah, ni à faire de Ouidah le modèle unique de toutes les traditions du Bénin.
L’essentiel
- Ouidah est l’un des grands lieux de mémoire du vodun et de la traite atlantique.
- Le vodun déborde Ouidah : chaque ville, chaque famille a ses divinités et ses transmissions.
- Derrière ce que le visiteur voit, des familles et des lignées continuent leur vie propre.
Le vodun est aussi ce qui se transmet, ce qui se respecte et ce qui se garde[1].
Glexwe, la ville des Houéda
Les habitants l’appellent Glexwe. Les Européens l’ont nommée Whydah, Juda, Fida ou Ajudá selon leur langue[2]. Avant de devenir un port, Ouidah était une terre du royaume houéda, ou xwéda, dont la capitale se trouvait à Savi, à l’intérieur des terres ; la tradition en fait l’ancienne ferme du roi de Savi[3].
En 1727, le roi Agadja du Danxomè conquiert le royaume houéda. Ouidah devient alors le port d’Abomey sur l’océan, et le reste jusqu’à la conquête coloniale française, à la fin du XIXᵉ siècle. L’historien Robin Law a consacré à cette période une étude de référence, qui fait de Ouidah l’un des principaux ports de la traite atlantique en Afrique de l’Ouest[4].
La commune s’étend aujourd’hui sur 364 kilomètres carrés ; elle comptait 76 555 habitants au recensement de 2002[2].
Les forts de la traite
Trois puissances européennes ont bâti leur fort à Ouidah : les Anglais avec le William’s Fort, les Français avec le fort Saint-Louis, et les Portugais avec le fort São João Baptista de Ajudá, achevé en 1721, le dernier des trois. Ces forts n’avaient rien de citadelles de pierre : carrés d’une centaine de mètres de côté, bâtis en terre séchée par des ouvriers africains selon les techniques locales, ils se trouvaient à trois à cinq cents mètres les uns des autres. Robin Law les décrit comme des comptoirs fortifiés permanents. Chaque année, leurs directeurs devaient se rendre à Abomey pour saluer le roi lors des grandes cérémonies annuelles[5][4].
Le fort portugais a connu un destin singulier : il est resté une enclave du Portugal jusqu’en 1961, année où le Dahomey l’a repris de force et en a expulsé les derniers occupants. Il abrite aujourd’hui le musée d’histoire de Ouidah, consacré à la traite atlantique et aux liens avec le Brésil[6].
La Route de l’esclave
Depuis le centre-ville jusqu’à la plage, un parcours d’environ quatre kilomètres retrace le chemin des captifs avant l’embarquement. Il passe par la place Chacha, lieu des transactions, l’arbre de l’oubli, la place Zomaï, le mémorial de Zoungbodji, et s’achève face à l’océan, à la Porte du Non-Retour[3][7]. Ce monument a été élevé en 1995, dans le cadre du projet « La Route de l’esclave », lancé en 1994 sous l’égide de l’UNESCO[7].
Ouidah est aussi une ville de retours. Après l’abolition de la traite, des milliers d’Afro-Brésiliens, descendants d’anciens captifs revenus d’Amérique, s’y sont installés, avec leurs noms, leurs maisons et leur mémoire[3].
La ville du vodun
Le culte de Dangbé, le python royal, a son sanctuaire au cœur de la ville, au temple des Pythons, face à la basilique de l’Immaculée-Conception ; selon le gouvernement, trois familles le vénèrent dans le temple, les Agbo Atakpaloko, les Zossoungbo et les Adjovi[8]. À l’est de la ville, la forêt sacrée de Kpassè porte le nom du fondateur du royaume de Ouidah.
En février 1993, Ouidah a accueilli le festival Ouidah 92, premier festival international des arts et cultures vodun, qui a renoué avec la diaspora des Amériques et attiré des artistes de tout le pays[9]. Depuis 2024, la ville accueille les Vodun Days autour de la fête du vodun : plus de 740 000 participants en janvier 2026 selon le gouvernement, et une quatrième édition prévue du 2 au 9 janvier 2027[10][11].
Les sorties du Zangbéto et des Egungun, les maisons des vodun de la mer et du tonnerre, les couvents des familles font de Ouidah une ville où le culte se voit dans la rue. Mami Wata, la figure des eaux, y a aussi ses adeptes : voir Mami Wata.
Les lieux à connaître
Pour comprendre Ouidah, voici les lieux qui comptent, ce qu’ils sont, et où l’encyclopédie en parle :
| Lieu | Ce que c’est | Repère |
|---|---|---|
| Temple des Pythons | Le sanctuaire de Dangbé, tenu par trois familles de la ville | Face à la basilique ; voir l’entrée consacrée |
| Forêt sacrée de Kpassè | La forêt du fondateur du royaume, devenue un lieu de toute la ville en 1993 | Quartier de Tovè ; voir l’entrée consacrée |
| Musée d’histoire | Installé dans le fort portugais São João Baptista de Ajudá | Fort achevé en 1721, portugais jusqu’en 1961 |
| Route de l’esclave | Le chemin des captifs, de la place Chacha à la plage | Environ quatre kilomètres |
| Porte du Non-Retour | Le monument mémoriel face à l’océan | Élevé en 1995 |
| Basilique de l’Immaculée-Conception | L’église catholique bâtie face au temple des Pythons | Construite en 1909 |
Le calendrier de Ouidah
Le grand moment de l’année est janvier. La fête nationale des religions traditionnelles tombe désormais le deuxième vendredi de janvier, et les Vodun Days l’entourent : du 2 au 9 janvier en 2027, avec les jours fériés le jeudi 7 et le vendredi 8[11]. C’est aussi pendant les Vodun Days qu’un collège de bokonon consulte le Fâ pour le pays : en janvier 2026, les rituels prescrits par cette consultation ont été exécutés dans la forêt de Kpassè. Voir Le bokonon.
Le reste de l’année, la ville vit au rythme des cérémonies des familles et des couvents, annoncées entre initiés plutôt que dans un calendrier public. Un visiteur qui vient hors de janvier verra moins de grandes sorties, et davantage la vie ordinaire des temples[1].
Ce que le visiteur voit, et ce qu’il ne voit pas
Il existe aujourd’hui une tendance à présenter Ouidah comme si tout le vodun béninois pouvait être résumé à ce que le visiteur y découvre. C’est inexact. Ouidah est une ville majeure de l’histoire et de la mémoire du vodun, et elle est devenue un lieu important de présentation du patrimoine vodun au public, avec les cérémonies et les événements qui attirent des visiteurs du Bénin et de l’étranger[1].
Mais derrière ce que le visiteur voit, il y a des familles, des lignées et des transmissions qui continuent leur vie propre. C’est cette continuité qui m’intéresse le plus. Pour moi, le véritable intérêt de Ouidah est de montrer qu’une tradition peut traverser les siècles, rencontrer l’histoire, rencontrer le monde extérieur, et continuer à vivre en gardant pour elle une part de ce qu’elle contient.
Ce que disent les chercheurs
Ouidah a été étudiée par les historiens de la traite et par les historiens de l’art. Les principaux travaux, dans l’ordre chronologique :
Ce que l’on sait, et comment on le sait
Ce qui relève de la tradition orale
L’origine du nom Glexwe, l’ancienne ferme du roi de Savi, et les récits liés à Kpassè viennent de la tradition orale de Ouidah[3].
Ce qui relève de l’observation directe
Le regard sur Ouidah comme mémoire, et la mise en garde contre l’idée qu’elle résumerait tout le vodun, viennent de ma pratique[1].
Ce qui est documenté
La conquête de 1727, les trois forts, l’enclave portugaise jusqu’en 1961, la Porte du Non-Retour de 1995 et la fréquentation des Vodun Days sont établis par les historiens, les encyclopédies et les sources officielles[4][5][6][7][10].
Ce qui relève de l’interprétation
Voir en Ouidah la preuve qu’une tradition peut s’ouvrir au monde sans tout exposer est une lecture que je défends[1].
Ce qui reste discuté
Le nombre exact de captifs embarqués à Ouidah, et la part du tourisme dans la vie religieuse de la ville, font l’objet de débats[4].
Les erreurs fréquentes sur Ouidah
- « Ouidah, c’est tout le vodun. » Abomey, Sakété, Porto-Novo et bien d’autres villes ont leurs propres traditions[1].
- « Ouidah a été fondée par les Portugais en 1721. » 1721 est la date du fort portugais ; la ville houéda existait avant lui[5][3].
- « La Porte du Non-Retour date de la traite. » C’est un monument mémoriel élevé en 1995[7].
- « Les forts étaient de grandes forteresses de pierre. » Ils étaient bâtis en terre séchée, par des ouvriers africains[5].
- « Ce que le visiteur voit, c’est tout le culte. » Les familles et les couvents gardent une part de leur vie religieuse[1].
Questions fréquentes
Pourquoi Ouidah est-elle appelée la ville du vaudou ?
Parce qu’elle abrite le temple des Pythons, la forêt sacrée de Kpassè et de nombreuses maisons de vodun, et qu’elle accueille les cérémonies officielles de la fête du vodun et les Vodun Days.
Où se trouve Ouidah ?
Sur la côte atlantique du Bénin, à l’ouest de Cotonou, dans le département de l’Atlantique.
Comment s’appelle Ouidah dans la langue locale ?
Glexwe. Les Européens l’ont nommée Whydah, Juda, Fida ou Ajudá.
Quand Ouidah est-elle devenue un port du Danxomè ?
En 1727, quand le roi Agadja a conquis le royaume houéda.
Qu’est-ce que la Route de l’esclave ?
Un parcours d’environ quatre kilomètres, de la place Chacha à la Porte du Non-Retour, qui retrace le chemin des captifs avant l’embarquement.
Quand la Porte du Non-Retour a-t-elle été construite ?
En 1995, dans le cadre du projet « La Route de l’esclave », lancé en 1994 sous l’égide de l’UNESCO.
Que trouve-t-on dans le fort portugais ?
Le musée d’histoire de Ouidah, installé dans le fort São João Baptista de Ajudá, achevé en 1721 et resté portugais jusqu’en 1961.
Quand ont lieu les Vodun Days de Ouidah ?
En janvier, autour de la fête du vodun. L’édition de 2027 est annoncée du 2 au 9 janvier.
Peut-on assister aux cérémonies vodun à Ouidah ?
Oui pour les cérémonies publiques, en respectant les consignes des responsables ; une partie de la vie religieuse reste réservée aux familles et aux initiés.
Ouidah résume-t-elle le vodun béninois ?
Non : Abomey, Sakété, Porto-Novo et d’autres villes ont leurs propres divinités et leurs propres transmissions.
Glossaire
- Afro-Brésiliens : les descendants d’anciens captifs revenus d’Amérique, installés à Ouidah après l’abolition de la traite.
- Glexwe : le nom local de Ouidah.
- Houéda, ou Xwéda : le peuple et le royaume de la région de Ouidah, conquis par le Danxomè en 1727.
- Porte du Non-Retour : le monument mémoriel élevé en 1995 sur la plage de Ouidah.
- Savi : l’ancienne capitale du royaume houéda.
Notes et références
[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.
[2] Wikipédia, « Ouidah », pour les noms de la ville, sa superficie et sa population de 2002. Consulter
[3] Africa Tours & Safari, « Ouidah, comptoir notable de la traite négrière du XVIᵉ au XIXᵉ siècle ». Consulter
[4] LAW Robin, Ouidah: The Social History of a West African Slaving Port, 1727-1892, Athens (Ohio), Ohio University Press, 2004.
[5] Wikipédia, « Fort of São João Baptista de Ajudá », d’après les travaux de Robin Law sur les forts de Ouidah. Consulter
[6] Encyclopædia Britannica, « São João Baptista de Ajudá ». Consulter
[7] Voyage Bénin, « La Route des esclaves », guide de destination. Consulter
[8] Gouvernement du Bénin, « Destination Bénin : Ouidah, la terre hxuéda, ville à vocation historique, culturelle, cultuelle et touristique », 2020. Consulter
[9] RUSH Dana, « Contemporary Vodun Arts of Ouidah, Benin », African Arts, vol. 34, n° 4, 2001, DOI 10.2307/3337805.
[10] Daabaaru, « Vodun Days 2026 à Ouidah : une édition historique avec plus de 740 000 participants », 25 janvier 2026, d’après le communiqué du gouvernement. Consulter
[11] Vodun Days, site officiel, édition 2027. Consulter
Sources
- LAW Robin, Ouidah: The Social History of a West African Slaving Port, 1727-1892, Ohio University Press, 2004.
- RUSH Dana, « Contemporary Vodun Arts of Ouidah, Benin », African Arts, 2001.
- Gouvernement du Bénin, « Destination Bénin : Ouidah, la terre hxuéda », 2020.
- Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026
Citer cette entrée
Wêtê Agbonon, « Ouidah », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 017, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/lieux/ouidah/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.
- Dernière vérification : 6 octobre 2026
- Réutilisation : libre, avec citation, sous licence CC BY 4.0
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