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Les vodunsi

Les épouses du vodun

Entrée n° 021 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 8 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Un vodunsi est une personne consacrée à un vodun par l’initiation. Son nom signifie en fon « épouse du vodun », un titre que portent aussi bien les hommes que les femmes. L’initiation fait de lui le serviteur d’une divinité et d’une maison, avec ses obligations, sa discipline et ses limites ; dans le vaudou béninois, on ne devient pas vodunsi parce qu’on le décide un jour.

Au temple de Sakété, ce que signifie être vodunsi

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Quand on dit « vodunsi », beaucoup de personnes pensent simplement à quelqu’un qui pratique le vodun. Le mot est plus précis. Il désigne une personne consacrée au vodun, qui a reçu une initiation et qui entre dans une relation particulière avec une divinité et avec une tradition de transmission. Croire au vodun ou assister à une cérémonie ne fait pas de quelqu’un un vodunsi[1].

Chez nous, l’initiation marque un changement de place dans la vie. Elle implique des obligations, une discipline, une manière différente d’écouter et de respecter ce qui nous a été transmis. Elle peut aussi changer la manière dont une personne se comprend elle-même, et comprend sa relation avec sa famille, sa communauté et le vodun auquel elle est consacrée.

L’essentiel

  • Le vodunsi est consacré à un vodun par l’initiation ; le titre d’« épouse du vodun » vaut pour les hommes comme pour les femmes.
  • L’initiation impose d’abord une responsabilité, bien avant un quelconque pouvoir.
  • Une part de ce qui est reçu pendant l’initiation appartient à la transmission et ne se publie pas.

Plus on reçoit dans une tradition, plus on doit savoir ce que l’on peut faire, et ce que l’on ne doit pas faire[1].

« Épouse du vodun »

Vodunsi, ou hùnsi : le mot fon signifie « épouse du vodun », et il est attribué aux deux sexes[2]. Le vocabulaire en dit davantage. En fon, hùn désigne à la fois le sang qui circule dans nos veines, le secret et le vodun : le hùnsi est ainsi, selon un document de l’Université d’Abomey-Calavi, l’épouse du sang, du secret et du vodun. L’adepte sert de lien entre le profane et le vodun[3].

Le chemin varie. Tous les initiés ne passent pas nécessairement par le couvent : il arrive qu’un parent, sentant sa mort prochaine, décide de léguer son vodun à l’un de ses enfants[3]. Dans tous les cas, on ne devient pas vodunsi par simple décision : il faut, disent les familles, entendre l’appel du vodun[2].

Le couvent

Le couvent, hùnkpamɛ̀ en fon, est souvent installé à l’intérieur de la concession familiale[3]. C’est un lieu de formation où vivent et sont initiés les futurs serviteurs des vodun, sous l’autorité d’un prêtre, le hounnon, et où chaque initié reçoit un nom lié à sa fonction spirituelle dans le couvent[2].

L’ethnomusicologue Gilbert Rouget, qui a photographié l’initiation vodun pendant des décennies, rappelle qu’elle condamnait récemment encore les novices à une réclusion longue, parfois de plusieurs années, aujourd’hui plus brève. Les reclus consacrent alors le meilleur de leur temps au chant et à la danse : pour Rouget, l’initiation est d’abord l’apprentissage d’un comportement musical, qui doit rendre les novices capables, par le chant et la danse, de mettre en communication les hommes et les dieux[4].

La sortie des initiés

La fin de l’initiation se marque par une sortie publique, souvent spectaculaire, où les nouveaux initiés paraissent devant la communauté. Rouget y voyait un théâtre, au sens noble du terme[4]. Un film de l’EHESS a suivi l’une de ces sorties à Adjarra, près de Porto-Novo, en 2010 ; il y montre, dans le culte d’une divinité yoruba, une novice nommée iyawo, « la plus jeune des épouses »[5].

Ces sorties se voient aussi pendant la fête du vodun, où les vodunsi de nombreux couvents dansent en public. Ce que voit le visiteur n’est qu’une partie de ce qu’a vécu l’initié[1].

Les étapes, dans ce qui peut se dire

ÉtapeCe que l’on peut en dire
L’appelOn entre au couvent parce que le vodun appelle, ou parce qu’un parent lègue son vodun
L’entrée au couventLe novice quitte sa vie ordinaire pour vivre au couvent, souvent dans la concession familiale
La réclusionAutrefois longue de plusieurs années, aujourd’hui plus brève, consacrée surtout au chant et à la danse
La sortieUne sortie publique présente les nouveaux initiés à la communauté
La vie de vodunsiDes obligations, une discipline et des interdits envers la maison et le vodun
Les grandes étapes de l’initiation, d’après les sources citées et la pratique de Wêtê Agbonon ; les paroles, les gestes et les séquences rituelles restent dans la transmission.

Vodunsi et transe

Pendant les cérémonies publiques, certains vodunsi entrent en transe : ils sont possédés par leur vodun, au son des tambours et des chants. Gilbert Rouget a consacré à ce phénomène son grand livre de 1980, La Musique et la transe, qui étudie les liens entre la musique et la possession dans de nombreuses cultures[6]. Ce que le public voit alors est l’aboutissement d’un long apprentissage, commencé au couvent[4].

Ce qui peut se dire, et ce qui se garde

Il faut être prudent avec ce que l’on raconte publiquement. Une initiation comporte des choses qui peuvent être expliquées : la discipline, le respect, les interdits qui peuvent accompagner une consécration, les obligations envers la maison de vodun, la place de la transmission[1].

En revanche, les paroles précises, certains gestes, certains objets, certaines séquences rituelles et certaines connaissances reçues pendant l’initiation appartiennent à la transmission elle-même. Je ne considère pas qu’il soit correct de tout mettre sur Internet, simplement parce qu’aujourd’hui nous en avons les moyens.

Une responsabilité, avant un pouvoir

L’initiation ne donne pas à quelqu’un une sorte de pouvoir automatique sur les autres. Elle impose d’abord une responsabilité. C’est une chose que j’ai toujours trouvée importante : plus on reçoit dans une tradition, plus on doit savoir ce que l’on peut faire, mais aussi ce que l’on ne doit pas faire. Un vodunsi apprend donc aussi à respecter ses limites[1].

Le vodunsi garde ensuite une place dans la vie de sa maison : il en suit les règles, il en sert le vodun, et il porte la tradition qui lui a été confiée. Pour comprendre les grandes familles de vodun qu’il peut servir, voir Sakpata, Hèviosso ou Dan.

Ce que disent les chercheurs

L’initiation vodun a surtout été étudiée par les anthropologues et les ethnomusicologues. Les principaux travaux, dans l’ordre chronologique :

  • 1938Melville Herskovits décrit les maisons de culte et l’initiation dans son étude du royaume du Dahomey[7].
  • 1980Gilbert Rouget publie La Musique et la transe, ouvrage de référence sur la possession[6].
  • 2001Gilbert Rouget réunit ses photographies de l’initiation vodun dans Initiatique vôdoun[4].
  • 2010Un film de l’EHESS suit une sortie de couvent à Adjarra, près de Porto-Novo[5].

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

L’appel du vodun, le choix des initiés et la transmission d’un vodun d’un parent à son enfant relèvent de la tradition des familles[3].

Ce qui relève de l’observation directe

Le changement de place qu’apporte l’initiation, la responsabilité qu’elle impose et la limite de ce qui peut se publier viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

Le sens du mot vodunsi, le couvent, la réclusion autrefois longue et la sortie publique des initiés sont décrits par les chercheurs[3][2][4].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir dans l’initiation une responsabilité avant un pouvoir est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La durée de la réclusion et la place des couvents ont beaucoup changé ; elles varient selon les vodun et les maisons[4].

Les erreurs fréquentes sur les vodunsi

  • « Tout pratiquant du vodun est vodunsi. » Le vodunsi est consacré par l’initiation ; croire ou assister à une cérémonie ne suffit pas[1].
  • « Seules les femmes sont vodunsi, puisque le mot veut dire épouse. » Le titre d’épouse du vodun vaut pour les deux sexes[2].
  • « L’initiation donne des pouvoirs sur les autres. » Elle impose d’abord une responsabilité et des limites[1].
  • « On devient vodunsi parce qu’on le décide. » Il faut entendre l’appel du vodun, et être reçu par une maison[2][1].
  • « Tout ce qui se passe au couvent peut être raconté. » Les paroles, les gestes et les séquences rituelles appartiennent à la transmission[1].

Questions fréquentes

Que veut dire vodunsi ?

En fon, vodunsi signifie « épouse du vodun ». Le titre désigne une personne consacrée à un vodun par l’initiation, homme ou femme.

Un homme peut-il être vodunsi ?

Oui. Le titre d’épouse du vodun est attribué aux deux sexes.

Quelle différence entre vodunsi et hùnsi ?

Les deux mots désignent l’initié. Hùn signifie à la fois le sang, le secret et le vodun : le hùnsi est l’épouse du sang, du secret et du vodun.

Comment devient-on vodunsi ?

Par l’initiation, après avoir entendu l’appel du vodun et avoir été reçu par une maison. Il arrive aussi qu’un parent lègue son vodun à l’un de ses enfants.

Combien de temps dure l’initiation vodun ?

Elle pouvait autrefois durer plusieurs années de réclusion ; elle est aujourd’hui plus brève, et sa durée varie selon les vodun et les maisons.

Que fait-on au couvent ?

Selon l’ethnomusicologue Gilbert Rouget, les novices consacrent l’essentiel de leur temps au chant et à la danse, qui doivent leur permettre de mettre en communication les hommes et les dieux.

Qu’est-ce qu’un hùnkpamɛ̀ ?

Le couvent, en fon : le lieu où vivent et sont initiés les vodunsi, souvent installé dans la concession familiale.

L’initiation donne-t-elle des pouvoirs ?

Elle impose d’abord une responsabilité. Un vodunsi apprend à connaître ce qu’il peut faire, et ce qu’il ne doit pas faire.

Glossaire

  • Hounnon : le prêtre responsable du culte d’un vodun.
  • Hùnkpamɛ̀ : le couvent, lieu de l’initiation.
  • Hùnsi : autre nom de l’initié ; hùn désigne le sang, le secret et le vodun.
  • Iyawo : en yoruba, la novice, « la plus jeune des épouses ».
  • Vodunsi : « épouse du vodun », la personne consacrée à un vodun par l’initiation.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] « L’éducation dans les couvents vodous au Bénin », revue en ligne de l’Université de Genève. Consulter

[3] Université d’Abomey-Calavi, « Enjeux des places vodoun », document de recherche, pour le vocabulaire du hùnsi et la transmission familiale. Consulter

[4] ROUGET Gilbert, Initiatique vôdoun. Images du rituel, Saint-Maur, Sépia, 2001. Consulter

[5] « Le jour et la nuit : filmer une sortie de couvent de vodun à Adjarra (Bénin) », film et commentaire, EHESS, 2010. Consulter

[6] ROUGET Gilbert, La Musique et la transe. Esquisse d’une théorie générale des relations de la musique et de la possession, Paris, Gallimard, 1980.

[7] HERSKOVITS Melville J., Dahomey: An Ancient West African Kingdom, New York, J. J. Augustin, 1938, 2 vol.

Sources

  • ROUGET Gilbert, Initiatique vôdoun. Images du rituel, Sépia, 2001.
  • ROUGET Gilbert, La Musique et la transe, Gallimard, 1980.
  • HERSKOVITS Melville J., Dahomey: An Ancient West African Kingdom, 1938.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Les vodunsi », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 021, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/rites/vodunsi/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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