Sakpata est le vodun de la terre. Dans le vodun du Bénin, le « vaudou » des dictionnaires français, on le connaît surtout comme le vodun de la variole et des maladies éruptives. C’est une vision trop étroite : Sakpata est une grande puissance de la terre, qui donne et qui reprend, à la fois le plus craint et l’un des plus aimés des vodun.
Sakpata au temple de Sakété

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété
Quand on parle de Sakpata, il faut commencer par respecter ce que représente ce vodun. Beaucoup de personnes le connaissent uniquement à travers la maladie, notamment la variole. Pour moi, cette manière de le présenter est trop limitée[1].
Dans ma maison de Sakété, Sakpata a sa place dans l’ensemble des forces que nous servons et respectons. Je peux parler publiquement de ce qu’il représente et de la manière dont nous comprenons sa présence. Je ne donne pas ici les détails des objets consacrés, des paroles rituelles, des gestes précis ou des pratiques qui doivent rester dans la maison.
Ce n’est pas une manière de cacher le vodun. Une tradition initiatique a toujours une partie publique, et une partie qui se transmet autrement. Les chercheurs le constatent eux aussi : les chants initiatiques de Sakpata, enregistrés près de Porto-Novo par l’ethnomusicologue Gilbert Rouget, sont exécutés dans le plus grand secret[2].
Qui est Sakpata ?
Sakpata est le vodun de la terre. Pour le professeur béninois Mahougnon Kakpo, spécialiste du Fâ, il est l’aîné des vodun, rattaché à l’élément Terre : il en possède et en distribue les richesses, et son arme est la variole, avec les autres maladies éruptives. On l’appelle le roi des Ayivodun, les vodun de la terre, comme Hèviosso est le roi des Jivodun, les vodun du ciel[3].
Une étude publiée en 1974 dans le Journal de la Société des Africanistes le décrit de la même façon : une divinité liée à la terre, qui se manifeste sous un aspect bénéfique, la fécondité, et sous un aspect redouté, la variole ou la sécheresse[4].

Un vodun venu du pays yoruba
Sakpata est d’origine nago, c’est-à-dire yoruba. Son nom yoruba, Shankpanan, que les Fon ont rendu par Sakpata, signifierait « l’Incontournable, le Suprême ». Ses adeptes portent d’ailleurs le nom générique d’Anagonu, « ceux d’origine nago »[3]. À Porto-Novo, on le désigne aussi sous le nom de Tchankpanan[5].
Une famille d’une vingtaine de Sakpata
Sakpata est un vodun de lignage, et à lui seul un panthéon organisé. Kakpo dénombre une vingtaine de Sakpata, chacun chargé d’un domaine : Kuxɔsu Agbla, « roi de la mort », le père de tous les Sakpata ; Dada Zoji, le fils aîné ; Dada Langan, chargé de l’agriculture et de la chasse ; Dada Sinji, le cuisinier ; ou Agbogboji, lié aux morts par noyade[3]. Herskovits, qui a enquêté à Abomey en 1931, décrivait déjà sous ce nom tout un panthéon de la terre[6].
Pourquoi l’appelle-t-on le roi de la terre ?
C’est une expression importante pour comprendre Sakpata. La terre n’est pas seulement le sol sur lequel nous marchons. Elle nous nourrit, elle reçoit les morts, elle permet aux plantes de pousser, et elle porte tout ce que nous construisons[1].
Cette expression ne fait pas de lui un roi au sens politique : elle exprime sa relation particulière avec le territoire terrestre et avec tout ce qui en dépend.
Ses titres le disent à leur manière. On l’appelle Ayinɔn, le propriétaire ou le Maître de la terre ; Dɔkunnɔn, celui qui possède et dispense les richesses ; et Jɛxɔsu, le Roi des perles[3]. Selon l’anthropologue Christine Henry, qui a enquêté à Savalou, ce lien avec la terre apparaît pour la première fois par écrit chez l’administrateur Auguste Le Hérissé, en 1911, et il est plus complexe qu’une simple image de fertilité[7].
Sakpata dans le Fâ
Pour un bokonon, Sakpata se comprend d’abord à travers le Fâ, qui trace la destinée de tous les vodun. Kakpo en rapporte deux récits[3].
Le premier appartient au signe Wlɛn-Mɛnji. Au temps où la terre n’existait encore qu’en principe, Dada Sɛgbo, le Dieu créateur, avait six enfants : Xɛvioso, Gu, Dan, Tɔxɔsu, Nan et Sakpata. Le feu appartenait à Xɛvioso, l’air à Dan, l’eau à Tɔxɔsu, le fer à Gu, la lumière à Nan, et toute la terre à Sakpata. Mais Sakpata, l’aînée, n’avait ni armes ni Parole. Elle alla consulter le Fâ, qui lui fit ériger une demeure gardée par Kiti, un gardien du seuil. Sakpata retrouva alors la Parole et tous ses attributs de Maître de la terre, et devint la plus puissante de la fratrie[3].
Le second, du signe Yɛku-Mɛnji, raconte une poursuite : Sakpata répand les maladies dans chaque maison où sa victime se réfugie, jusqu’à ce qu’elle trouve abri chez le Fâ. Devant le Fâ, Sakpata rebrousse chemin. La leçon est claire : même le plus redouté des vodun s’incline devant le Fâ[3].
Sur la divination, voir la section Le Fâ.
Sakpata et Hèviosso
Hèviosso est associé au ciel, au tonnerre, à la foudre et à la pluie ; Sakpata est associé à la terre. La pluie qui tombe du ciel rejoint la terre et permet la vie. C’est une manière simple de comprendre pourquoi ces deux puissances sont souvent pensées ensemble. Je préfère parler de complémentarité, plutôt que de séparer les vodun comme s’ils vivaient chacun dans leur monde[1]. Sur Hèviosso, voir l’entrée Hèviosso.
Un récit du Fâ, rapporté par les chercheurs Dominique Juhé-Beaulaton et Bernard Roussel, en fait d’anciens époux. Le Ciel, ou Hèviosso selon certaines versions, et la Terre, appelée Anyigbanto, le principe féminin de Sakpata, étaient unis comme une calebasse et son couvercle. Le Ciel s’éloigna, puis se laissa fléchir par les prières de la Terre et envoya la première pluie : ainsi naquit le cycle des saisons[8].
La querelle de la pluie
Melville et Frances Herskovits ont recueilli plusieurs versions d’un autre récit. Sakpata, l’aîné, reçut la terre, et Sogbo, de la famille du tonnerre, reçut le ciel. Mais Sakpata descendit sur la terre sans emporter l’eau ni le feu, et Sogbo retint la pluie : la sécheresse s’installa[9].
Dans une version, deux messagers venus du ciel consultent le Fâ pour comprendre la sécheresse, et conseillent à Sakpata d’envoyer l’oiseau wututu porter un message de paix à Sogbo. Dans une autre, c’est Lègba, le médiateur, qui fait allumer sur la terre un grand feu dont la fumée monte jusqu’au ciel : la pluie tombe pour l’éteindre. Les deux frères se réconcilient, et le wututu devient un oiseau sacré, dont le cri annonce la pluie. Maître de la terre, Sakpata ne peut rien sans la pluie du ciel[9].
Sakpata et la maladie
C’est probablement le sujet le plus délicat. Dans la tradition, certaines maladies peuvent être comprises comme ayant une dimension spirituelle. Sakpata est historiquement associé aux maladies éruptives, et particulièrement à la variole. Certaines traditions parlent aussi de sa capacité à provoquer ou à éloigner certaines maladies[1].
Le lien est si fort que, selon Kakpo, dans les langues de la région, le mot qui désigne la variole est le même que celui qui désigne Sakpata. La famille des Sakpata couvre aussi d’autres maux : fièvres éruptives, dysenterie, lèpre ou plaies qui ne guérissent pas[3].
Mais il faut faire une distinction importante. La tradition spirituelle et la médecine moderne ne sont pas obligées de se combattre. Quand quelqu’un est malade, je ne lui conseille pas d’abandonner un médecin pour aller chercher une réponse uniquement auprès d’un vodun[1].
Si une personne a de la fièvre, une infection, une douleur importante, une plaie ou un symptôme qui demande des soins, elle doit consulter un professionnel de santé. Avoir une pratique traditionnelle ne signifie pas refuser la médecine.
Pour moi, les deux questions peuvent être différentes : le médecin cherche à comprendre et à traiter le problème médical ; la personne peut aussi chercher, dans sa tradition, le sens qu’elle donne à ce qu’elle traverse. Il faut surtout éviter de promettre une guérison spirituelle à quelqu’un qui a besoin de soins.
La variole, une maladie disparue
Autrefois, les victimes de la variole n’étaient pas enterrées comme les autres morts : la tradition les rendait à la terre, à l’écart, dans une forêt sacrée. Kakpo y voit aussi une logique de prudence, qui limitait la contagion[3].
La variole elle-même n’existe plus : l’Organisation mondiale de la santé a déclaré son éradication dans le monde entier en 1980, au terme de grandes campagnes de vaccination[10]. Le culte de Sakpata, lui, demeure, car il ne s’est jamais réduit à cette seule maladie.
D’où vient le culte de Sakpata ?
Selon Kakpo, le culte est plus ancien au Bénin que le Fâ, arrivé à Abomey en 1715. Il est venu avec des migrants partis d’Ɛgba, dans la région d’Abeokuta, au Nigeria actuel. Après un long séjour à Kétou, ils s’installent sur les collines de Dassa-Zoumè, où ils fondent un village, puis poursuivent jusqu’à Atakpamé, au Togo. Parmi les divinités qu’ils emportent se trouve Shankpanan, le futur Sakpata. C’est sur les collines de Dassa-Zoumè que commencent les premières initiations, au moins depuis la fin du XVIIᵉ siècle[3].
Sakpata et les rois d’Abomey
Au tout début du XVIIIᵉ siècle, des adeptes de Sakpata sont capturés par les troupes du roi Akaba et conduits au palais. Sommés de se prosterner devant le roi, ils refusent : seul le Maître de la terre mérite cet honneur. Sous la menace, ils finissent par s’exécuter, en laissant la responsabilité au roi. Quelques mois plus tard, une épidémie de variole ravage la cour et emporte le roi Akaba lui-même, en 1708, au front de Lissèzoun[3].
Sa sœur jumelle, Tasi Hangbè, assure ensuite la régence, de 1708 à 1711. C’est elle qui fait entrer Sakpata à Abomey, avec le fils de son prêtre. Le culte se répand alors de Dassa-Zoumè vers le centre du pays, puis vers le sud et la côte[3].
La cohabitation n’est pas simple. Les adeptes se prosternent devant Sakpata comme les sujets devant le roi, et le Maître de la terre dispute au souverain ses propres attributs. Comme l’écrit l’historien de l’art Didier Houénoudé, pour les rois, « il ne pouvait y avoir deux maîtres pour un même royaume »[11]. D’autres rois seraient morts de la variole, comme Kpengla, ou en auraient réchappé de justesse, comme Adandozan ; la cour en faisait un secret d’État[3].
La solution des rois fut de bannir la divinité et son clergé hors de la capitale[11]. Pierre Verger rapporte que Ghézo et Glèlè en auraient interdit le culte public[12]. Kakpo nuance : c’est Ghézo qui finit par autoriser à Abomey un couvent de Sakpata, à condition que son clergé respecte les attributions du roi, et ce couvent compte aujourd’hui parmi les plus prestigieux. Le culte connut ensuite une expansion rapide sur le plateau d’Abomey[3].
Les noms de Sakpata
Sakpata possède plusieurs noms selon les régions et les traditions. On rencontre Sakpata, Sapata et Sagbata, cette dernière forme étant celle d’Herskovits ; l’ethnomusicologue Gilbert Rouget l’écrit Sakpàtá, avec ses tons[1][2].
Dans certaines traditions, on évite même de prononcer directement son nom. Le nom d’un vodun puissant n’est pas toujours prononcé comme celui d’une personne ordinaire ; le désigner autrement est une manière de montrer du respect, de la prudence, ou de rappeler sa puissance[1].
Kakpo le confirme : par crainte et par respect, on avait peur de le nommer par son vrai nom, et l’on employait une litote, Ayikungban, « la Terre ». De même, on ne disait pas qu’un malade avait la variole, mais qu’il « avait affaire au Vénérable » ; et l’un des noms forts de Sakpata, Azɔnsu, signifie « la grande maladie »[3].
Il faut toutefois éviter d’en faire une règle universelle : les appellations et les interdits varient d’une maison à l’autre.
Sakpata et la fécondité
Sakpata n’est pas uniquement associé à la maladie. La terre est aussi ce qui produit : elle reçoit la graine et permet la naissance de la plante, elle nourrit les hommes et les animaux. Elle représente donc aussi la fécondité et l’abondance. C’est cette double dimension qui permet de mieux comprendre Sakpata : la terre peut donner, mais elle peut aussi reprendre[1].
Les chercheurs en débattent. Pour Mahougnon Kakpo, Sakpata est « d’abord une force bénéfique », responsable de la fécondité sous toutes ses formes, qui récompense ceux qui sont justes[3]. L’étude de 1974 décrit elle aussi son aspect bénéfique comme la fécondité[4]. Christine Henry, au contraire, conteste la thèse qui ferait de Sakpata un dieu de la fertilité, et souligne la complexité de son rapport à la terre[7]. Cette entrée présente les deux lectures.
Ce que l’on voit de Sakpata
Sa représentation est un tertre de terre surmonté d’un canari, un pot de terre cuite percé de toutes parts : chaque ouverture figure une pustule de la variole[3]. Le Hérissé décrivait déjà en 1911 ces petits tertres avec leur marmite trouée et un bloc de latérite évoquant le visage d’un varioleux[13]. À Porto-Novo, l’historien de l’art Gérard Bassalé a photographié de tels autels sur les places vodun, la motte de terre souvent cachée par un tissu blanc[5].
Comme Lègba garde le seuil des autres vodun, Sakpata a son propre gardien, Kiti, qui porte un bâton et un balai. Le balai, symbole d’autorité et d’expulsion du mal, figure aussi le bonheur à ne pas chasser : c’est pourquoi Sakpata interdit de balayer la nuit[3]. Sur le gardien des autres vodun, voir l’entrée Lègba.
Sakpata a des attributs féminins : la terre est une mère, nourricière et féconde. Ses rares représentations artistiques montrent une femme de grande taille en posture de combat, parée de perles et de cauris, un balai à la main droite et un bâton à la main gauche ; et les hommes initiés portent des boucles d’oreilles[3].

Paradoxe souligné par Kakpo : ce vodun redouté est l’un des plus populaires. Ses sorties publiques sont de véritables spectacles, avec de beaux pagnes, des bonds et des pirouettes, des tambours et des chants pleins de sagesse[3].
Ce que les gens viennent chercher du côté de Sakpata
Les personnes qui viennent vers Sakpata ne viennent pas toutes pour la même raison. Certaines cherchent une protection. Certaines traversent une période difficile. D’autres ont des problèmes familiaux, professionnels ou matériels. D’autres encore pensent qu’une maladie ou une suite d’événements malheureux a une dimension spirituelle[1].
Mais lorsqu’une personne vient me voir, je ne lui dis pas automatiquement que Sakpata est responsable de ce qui lui arrive. Je cherche d’abord à comprendre. Dans ma manière de travailler, le Fâ peut permettre d’interroger la situation lorsqu’il faut chercher une orientation. On ne doit pas attribuer chaque malheur à un vodun simplement parce que l’on connaît son nom.
Et surtout, je ne promets à personne : « Fais ceci et Sakpata va forcément régler ton problème. » Ce n’est pas ma manière de pratiquer.
Sakpata au-delà du Bénin
Chez les Yoruba, la divinité de la terre et de la variole a été longuement étudiée, sous les noms de Shopona ou d’Obaluaye ; Kakpo signale aussi un autre de ses noms yoruba, qui signifie « fils du Seigneur »[14][3]. Même dans son foyer d’origine, à Abeokuta, le culte fut interdit en 1884 après une épidémie de variole[12].
Avec la traite, cette figure a traversé l’Atlantique : on la retrouve au Brésil sous les noms d’Omolu, d’Obaluaiê ou de Xapanã, et à Cuba sous celui de Babalú Ayé.
Au Brésil, sa famille est encore servie. À São Luís, dans le Maranhão, la Casa das Minas, maison de culte de tradition jeje, honore la famille de Dambirá, « les enfants d’Acossi-Sakpatá », vodun de la terre. Elle est dirigée par trois frères, Acossi, Azili et Azonce, que l’on représente par saint Lazare, saint Roch et saint Sébastien, des saints invoqués contre la variole et la peste. La fête d’Acossi, le 20 janvier, jour de la Saint-Sébastien, compte parmi les plus importantes du Tambor de Mina[15].
Chacune de ces figures a son histoire, ses chants et ses rites, et ne se confond pas avec le Sakpata des maisons béninoises.
Ce que Sakpata m’enseigne
Pour moi, Sakpata nous rappelle avant tout notre relation avec la terre. Nous venons de la terre, nous vivons grâce à elle, et nous y retournons. Il rappelle aussi que, dans l’ancienne conception du monde, la vie et la maladie ne se pensent pas séparément : la même terre qui nourrit peut être redoutée lorsqu’elle manifeste une puissance que l’homme ne maîtrise pas[1].
C’est pourquoi je ne présente pas Sakpata comme un « dieu de la maladie ». Ce serait beaucoup trop simple. Je le présente comme une grande puissance liée à la terre, à la fécondité, à l’ordre terrestre et, dans certaines traditions, aux maladies dont la variole est l’exemple historique le plus connu.
Et comme pour les autres vodun, ce que je peux expliquer publiquement n’est qu’une partie de ce qui se transmet réellement dans la maison.
Ce que disent les chercheurs
Administrateurs, anthropologues et chercheurs béninois ont étudié Sakpata. Les principaux, dans l’ordre chronologique :
- 1911Auguste Le Hérissé décrit les autels de Sakpata et signale pour la première fois son lien avec la terre[13][7].
- 1938Melville J. Herskovits publie Dahomey, qui décrit le panthéon de la terre[6].
- 1957Pierre Verger compare les cultes des orisha et des vodun, et rapporte l’interdiction du culte public de Sakpata à Abomey[12].
- 1958Melville et Frances Herskovits publient Dahomean Narrative, avec plusieurs versions de la querelle entre Sakpata et Sogbo[9].
- 1974Roger Brand décrit l’initiation d’un « possesseur d’un vodun Sapata » dans la vallée de l’Ouémé[4].
- 1985Anthony Buckley étudie le dieu yoruba de la variole[14].
- 2006Gilbert Rouget publie deux chants initiatiques secrets, pour Xɛvyòsò et Sakpàtá[2].
- 2009Didier Houénoudé montre comment le clergé de Sakpata a défié l’autorité des rois d’Abomey[11].
- 2010Christine Henry, à partir d’enquêtes à Savalou, réexamine le lien de Sakpata avec la terre[7].
- 2013Mahougnon Kakpo, spécialiste du Fâ, retrace l’histoire de Sakpata et le lit dans les textes sacrés du Fâ[3].
Ce que l’on sait, et comment on le sait
Ce qui relève de la tradition orale
Les récits du Fâ sur Sakpata, la querelle de la pluie avec Sogbo, l’origine egba du culte, l’épisode du roi Akaba et l’entrée de Sakpata à Abomey sous Tasi Hangbè : ces éléments viennent de la tradition orale et de la littérature sacrée, recueillies par les chercheurs[3][8][9].
Ce qui relève de l’observation directe
La place de Sakpata dans la maison, ce qui se dit et ce qui se transmet, la conduite à tenir face à la maladie, le refus d’attribuer chaque malheur à un vodun : ces éléments viennent de ma pratique au temple de Sakété[1].
Ce qui est documenté
Les autels de Sakpata, décrits dès 1911 et photographiés à Porto-Novo, l’initiation d’un possesseur de Sapata observée en 1974, les chants initiatiques enregistrés par Rouget, sa famille de vodun servie au Brésil, et l’éradication de la variole en 1980 sont documentés[13][5][4][2][15][10].
Les erreurs fréquentes sur Sakpata
- « Sakpata, c’est seulement le dieu de la variole. » Au Bénin et au Togo, il est aussi le vodun de la terre ; la maladie n’est qu’une partie de ce qu’il représente[3][1].
- « Toute maladie vient de Sakpata. » On ne doit pas attribuer chaque malheur à un vodun ; il faut d’abord comprendre la situation[1].
- « Il faut choisir entre Sakpata et le médecin. » La tradition et la médecine ne sont pas obligées de se combattre ; en cas de maladie, on consulte un professionnel de santé[1].
- « Sakpata est un vodun masculin. » La terre est une mère : Sakpata porte des attributs féminins, et le Fâ en fait l’aînée des enfants de Dieu[3].
- « La variole circule encore. » Elle a été éradiquée dans le monde entier en 1980[10].
Questions fréquentes
Qui est Sakpata dans le vodun ?
Sakpata est le vodun de la terre, l’aîné des vodun selon le Fâ. Il possède et dispense les richesses de la terre, et il est historiquement associé à la variole et aux maladies éruptives.
Pourquoi Sakpata est-il associé à la variole ?
Dans les langues de la région, le même mot désigne la variole et Sakpata. La tradition rapporte qu’une épidémie de variole a emporté le roi Akaba d’Abomey en 1708, après qu’il eut humilié des adeptes de Sakpata.
Sakpata est-il le dieu de la terre ?
Oui, au Bénin et au Togo : la tradition en fait le Maître de la terre, Ayinɔn. Les chercheurs débattent encore de la nature exacte de ce lien.
Que veut dire « roi de la terre » ?
L’expression exprime la relation de Sakpata avec la terre et tout ce qui en dépend. Ses titres le disent aussi : Ayinɔn, le Maître de la terre, Dɔkunnɔn, le possesseur des richesses, et Jɛxɔsu, le Roi des perles.
En cas de maladie, faut-il aller vers Sakpata ou vers un médecin ?
Vers un médecin d’abord : fièvre, infection, douleur ou plaie demandent des soins. La tradition et la médecine ne sont pas obligées de se combattre, mais aucune démarche spirituelle ne remplace un soin.
Pourquoi évite-t-on de prononcer son nom ?
Par crainte et par respect : le nom d’un vodun puissant ne se prononce pas comme celui d’une personne. On employait une litote, Ayikungban, « la Terre ». L’usage varie selon les maisons.
Pourquoi les rois d’Abomey craignaient-ils Sakpata ?
Maître de la terre, Sakpata disputait au roi ses propres attributs, et des épidémies de variole frappaient jusqu’à la famille royale. Les rois ont exilé son culte, avant que Ghézo n’autorise un couvent à Abomey.
Quel est le lien entre Sakpata et Hèviosso ?
Sakpata est la terre, Hèviosso le ciel et la pluie. Les récits les disent tantôt époux, tantôt frères en querelle : quand la pluie est retenue au ciel, la terre souffre, et leur réconciliation ramène la pluie.
D’où vient le culte de Sakpata ?
Selon le professeur Mahougnon Kakpo, il est venu d’Ɛgba, au Nigeria actuel, avec des migrants installés sur les collines de Dassa-Zoumè, où commencèrent les premières initiations, au moins depuis la fin du XVIIᵉ siècle.
Sakpata existe-t-il hors du Bénin ?
Oui. Chez les Yoruba, son équivalent est Shopona ou Obaluaye. Au Brésil, la Casa das Minas de São Luís sert encore sa famille, appelée Dambirá, et on le retrouve aussi sous les noms d’Omolu et d’Obaluaiê ; à Cuba, sous celui de Babalú Ayé.
Glossaire
- Anagonu : le nom générique des adeptes de Sakpata, « ceux d’origine nago ».
- Ayikungban : « la Terre », litote employée pour ne pas prononcer le nom de Sakpata.
- Ayinɔn : « Maître » ou « propriétaire de la terre », titre de Sakpata.
- Bokonon : le prêtre du Fâ, qui conduit l’examen.
- Dambirá : le nom brésilien de la famille de Sakpata, à la Casa das Minas de São Luís.
- Dɔkunnɔn : « celui qui possède les richesses », titre de Sakpata.
- Fâ : le système de divination du Sud-Bénin, qui trace la destinée des vodun et des hommes.
- Jɛxɔsu : « le Roi des perles », titre de Sakpata.
- Kiti : le gardien du seuil de Sakpata, comme Lègba l’est des autres vodun.
- Sakpata : le vodun de la terre, historiquement associé à la variole ; aussi le nom de toute sa famille. Graphies : Sapata, Sagbata, Sakpàtá.
- Sakpatassi : les adeptes de Sakpata.
- Shankpanan : le nom yoruba d’origine de Sakpata ; Tchankpanan à Porto-Novo.
- Variole : une maladie éruptive très contagieuse, éradiquée dans le monde entier en 1980.
- Wututu : l’oiseau messager qui réconcilia Sakpata et Sogbo ; son cri annonce la pluie.
Notes et références
[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, temple de Sakété.
[2] ROUGET Gilbert, Musica Reservata. Deux chants initiatiques pour le culte des vôdoun au Bénin, Paris, Palais de l’Institut, 2006.
[3] KAKPO Mahougnon, « Vodun Sakpata et épidémie de variole dans la littérature orale sacrée du golfe du Bénin », Ponti/Ponts, n° 13, 2013, p. 13-34. Consulter
[4] BRAND Roger, « Initiation et consécration de deux vodúnɔ̃ dans les cultes vodú », Journal de la Société des Africanistes, t. 44, fasc. 1, 1974, p. 71-91. Consulter
[5] BASSALÉ Gérard Ogouyèmi, Enjeux des places vodùn dans l’évolution architecturale de la ville de Porto-Novo, mémoire de maîtrise d’histoire de l’art, Université d’Abomey-Calavi, 2015. Consulter
[6] HERSKOVITS Melville J., Dahomey: An Ancient West African Kingdom, New York, J. J. Augustin, 1938, 2 vol.
[7] HENRY Christine, « La terre de Sakpata », Journal des africanistes, t. 80, fasc. 1-2, 2010, p. 253-265. Enquêtes menées à Savalou. Consulter
[8] JUHÉ-BEAULATON Dominique et ROUSSEL Bernard, « Les sites religieux vodun : des patrimoines en permanente évolution », dans CORMIER-SALEM Marie-Christine et al. (dir.), Patrimonialiser la nature tropicale, Paris, IRD éditions, 2002, p. 421, cité par Bassalé 2015.
[9] HERSKOVITS Melville J. et HERSKOVITS Frances S., Dahomean Narrative: A Cross-Cultural Analysis, Evanston, Northwestern University Press, 1958.
[10] Organisation mondiale de la santé, déclaration officielle de l’éradication de la variole, Assemblée mondiale de la santé, 8 mai 1980.
[11] HOUÉNOUDÉ Didier, Musique traditionnelle à Abomey, Abomey, Réseau Théâtre Musique Karéta, 2009, p. 34, cité par Kakpo 2013.
[12] VERGER Pierre, « Notes sur le culte des Orisa et Vodun à Bahia, la Baie de tous les Saints, au Brésil et à l’ancienne Côte des Esclaves en Afrique », Mémoires de l’IFAN, n° 51, Dakar, 1957, cité par Kakpo 2013.
[13] LE HÉRISSÉ Auguste, L’ancien royaume du Dahomey, Paris, Larose, 1911, p. 128, cité par Bassalé 2015.
[14] BUCKLEY Anthony D., « The God of Smallpox: Aspects of Yoruba Religious Knowledge », Africa, vol. 55, n° 2, 1985, p. 187-200.
[15] FERRETTI Sergio F., « Estórias da Casa Grande das Minas Jeje », Universidade Federal do Maranhão, São Luís. Consulter
Le domaine de Sakpata, et ce que le Fâ regarde
Quand une épreuve de santé s’accompagne de questions sur son sens, la tradition ne remplace jamais le médecin : elle peut aider à comprendre ce que l’on traverse.
Mais rien ne se décide à l’avance. Seul l’examen du Fâ dit si une démarche vers Sakpata a un sens dans une situation donnée, et laquelle.
Sources
- KAKPO Mahougnon, « Vodun Sakpata et épidémie de variole dans la littérature orale sacrée du golfe du Bénin », Ponti/Ponts, n° 13, 2013.
- HENRY Christine, « La terre de Sakpata », Journal des africanistes, t. 80, 2010.
- BRAND Roger, « Initiation et consécration de deux vodúnɔ̃ dans les cultes vodú », Journal de la Société des Africanistes, t. 44, 1974.
- HOUÉNOUDÉ Didier, Musique traditionnelle à Abomey, Abomey, 2009.
- BASSALÉ Gérard Ogouyèmi, Enjeux des places vodùn dans l’évolution architecturale de la ville de Porto-Novo, Université d’Abomey-Calavi, 2015.
- HERSKOVITS Melville J., Dahomey: An Ancient West African Kingdom, New York, J. J. Augustin, 1938.
- ROUGET Gilbert, Musica Reservata. Deux chants initiatiques pour le culte des vôdoun au Bénin, Paris, 2006.
- HERSKOVITS Melville J. et Frances S., Dahomean Narrative, Evanston, Northwestern University Press, 1958.
- FERRETTI Sergio F., « Estórias da Casa Grande das Minas Jeje », Universidade Federal do Maranhão.
- BUCKLEY Anthony D., « The God of Smallpox: Aspects of Yoruba Religious Knowledge », Africa, vol. 55, 1985.
- Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026
Citer cette entrée
Wêtê Agbonon, « Sakpata », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 004, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/vodun/sakpata/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.
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