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Les seize signes du Fâ

Les figures mères

Entrée n° 027 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 28 octobre 2026 Lecture 6 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Les seize signes majeurs du Fâ sont les seize figures fondamentales sur lesquelles repose tout le système de divination du vaudou béninois. Combinés deux à deux, ils donnent les 256 signes du Fâ. Cette page en donne les noms, les graphies et la notation, telles qu’un bokonon peut les publier ; l’interprétation, elle, reste le travail du bokonon, signe par signe et situation par situation.

Au temple de Sakété, ce que les seize signes représentent

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Quand je parle des seize signes du Fâ, je parle des seize figures fondamentales à partir desquelles se construit l’ensemble du système. Chez nous, je parle de signes mères, ou de signes fondamentaux. Un bokonon ne regarde donc pas seulement la forme qui apparaît. Il regarde le signe, sa position dans le système, les relations qu’il entretient avec les autres signes, le contexte de la consultation, la question posée, et surtout le corpus de paroles qui permet de l’interpréter[1].

C’est pour cela que je dis toujours qu’un signe ne se colle pas sur une personne comme une étiquette. Deux personnes peuvent voir apparaître une même figure sans recevoir exactement le même message, parce que la situation, les questions, les éléments complémentaires et le travail d’interprétation diffèrent. Le signe doit être lu dans une situation.

L’essentiel

  • Les seize signes majeurs sont les figures fondamentales du Fâ ; combinés deux à deux, ils en donnent 256.
  • Le rang de 1 à 16 indique une position dans la série, sans hiérarchie de puissance.
  • Connaître le nom d’un signe ne dit rien de son interprétation pour une personne.

Le Fâ se lit dans une situation, comme un dialogue, et non comme un horoscope[1].

Les seize signes, leurs noms et leur notation

Chaque signe majeur se compose de quatre rangées, lues de haut en bas, marquées chacune d’un trait simple (I) ou d’un trait double (II) ; dans un signe majeur, la même figure apparaît sur les deux colonnes. Les graphies varient selon les langues, les écoles et les lignées[1][2].

RangSigneAutres graphiesNotation
1GbéOgbé, GbeI
I
I
I
2YɛkuYêkou, YekuII
II
II
II
3WoliWoliII
I
I
II
4DiDiI
II
II
I
5LossoLosoI
I
II
II
6WlinWinlin, WêleII
II
I
I
7AblaAblaI
II
II
II
8AklánAklan, AklâII
II
II
I
9GudaGudaI
I
I
II
10SaSaII
I
I
I
11KaKaII
I
II
II
12TrukpinTurukpêII
II
I
II
13TulaTulaI
II
I
I
14LɛtɛLètè, LeteI
I
II
I
15CɛTchè, CeI
II
I
II
16FuFuII
I
II
I
Les seize signes majeurs du Fâ, notation lue de haut en bas : I pour un trait simple, II pour un trait double. Le rang indique une position dans la série, sans hiérarchie de puissance.

Une précaution que je tiens à faire figurer : ne présentez pas le rang de 1 à 16 comme une hiérarchie absolue de puissance. Le numéro indique une position dans la série que nous utilisons. Le signe 1 n’est pas « meilleur » que le signe 16, et un signe placé plus haut n’est pas automatiquement plus puissant[1].

Des seize signes aux 256

Le Fâ est historiquement apparenté au système de divination yoruba, l’Ifá. Selon l’UNESCO, qui a inscrit le système de divination Ifa du Nigeria au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008, son corpus comprend 256 parties, les odu, elles-mêmes divisées en vers, les ese, dont le nombre exact est inconnu ; la connaissance en est conservée et transmise par les communautés de prêtres[3]. L’étude de référence sur le Fâ, publiée par Bernard Maupoil en 1943, décrit la même architecture dans l’ancienne Côte des Esclaves[2].

Pour obtenir un signe, le bokonon se sert aujourd’hui le plus souvent d’une chaîne de divination, l’akplɛkan, ou des seize noix de palme sacrées[4]. Les signes ont aussi marqué le pouvoir : à la cour d’Abomey, avant le couronnement d’un roi et dans les temps de crise, les dirigeants consultaient le Fâ, et certains emblèmes royaux, comme l’éléphant ou le buffle associés aux rois Guézo et Glèlè, comptent parmi ses 256 symboles[5].

Ce qui peut se publier, et ce qui reste réservé

On peut publier le nom d’un signe, sa graphie, son rang dans une série donnée, sa représentation graphique, le principe général des seize figures, et le fait qu’elles permettent de construire les 256 configurations du Fâ[1].

Ce que je ne veux pas publier, sous prétexte de faire une encyclopédie complète, ce sont les corpus initiatiques, les paroles transmises dans leur intégralité, les formules rituelles, et les connaissances qui appartiennent à la transmission entre bokonon. Documenter une tradition et publier tout ce qu’elle contient sont deux choses différentes. L’UNESCO le rappelle d’ailleurs : la connaissance d’Ifá est conservée et transmise au sein des communautés de prêtres, et les vers du corpus en sont une part essentielle[1][3].

L’erreur du « signe de naissance »

C’est une des choses que je voudrais vraiment corriger. On voit aujourd’hui des personnes proposer : « Donnez-moi votre date de naissance et je vais vous dire votre signe du Fâ. » Puis elles donnent une description générale de caractère, parfois accompagnée de promesses sur l’argent, l’amour ou la réussite. Ce n’est pas ainsi que je présente le Fâ[1].

Il peut exister des traditions et des consultations liées à la naissance, à la destinée ou au parcours personnel. Mais elles ne font pas du Fâ un horoscope. Un signe du Fâ ne décrit pas une personnalité définie d’avance ; et connaître le nom d’un signe ne donne pas son interprétation pour une personne. C’est précisément là qu’intervient le travail du bokonon. Pour le système lui-même, voir Qu’est-ce que le Fâ ? ; pour le lien entre le Fâ et la puissance créatrice, voir Mawu-Lisa.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Le corpus de paroles qui accompagne chaque signe se transmet entre bokonon, et reste réservé[1][3].

Ce qui relève de l’observation directe

La lecture du signe dans une situation, et le refus du « signe de naissance » vendu comme un horoscope, viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

Les seize signes, les 256 combinaisons, les instruments de la divination et l’usage royal du Fâ sont décrits par Maupoil, l’UNESCO et les musées[2][3][4][5].

Ce qui relève de l’interprétation

Voir le rang de 1 à 16 comme une position, et non comme une puissance, est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

Les graphies et l’ordre des signes varient selon les langues, les écoles et les lignées[1][2].

Les erreurs fréquentes sur les signes du Fâ

  • « Il y a seize signes du Fâ. » Il y a seize signes majeurs ; combinés deux à deux, ils en donnent 256[3][2].
  • « Le premier signe est le plus puissant. » Le rang indique une position dans la série[1].
  • « Votre date de naissance donne votre signe. » Le Fâ n’est pas un horoscope ; un signe se lit dans une situation[1].
  • « Connaître son signe suffit. » Le nom d’un signe ne donne pas son interprétation : c’est le travail du bokonon[1].

Questions fréquentes

Quels sont les seize signes du Fâ ?

Gbé, Yɛku, Woli, Di, Losso, Wlin, Abla, Aklán, Guda, Sa, Ka, Trukpin, Tula, Lɛtɛ, Cɛ et Fu, avec des graphies qui varient selon les écoles.

Combien de signes compte le Fâ ?

256 : les seize signes majeurs, combinés deux à deux.

Comment lit-on un signe du Fâ ?

Quatre rangées, lues de haut en bas, marquées d’un trait simple ou d’un trait double ; dans un signe majeur, la même figure apparaît sur les deux colonnes.

Le premier signe du Fâ est-il le plus important ?

Le rang de 1 à 16 indique une position dans la série, sans hiérarchie de puissance.

Peut-on connaître son signe du Fâ avec sa date de naissance ?

Le Fâ n’est pas un horoscope : un signe se lit dans une situation, lors d’une consultation, par un bokonon.

Quel lien entre le Fâ et l’Ifá ?

Le Fâ est historiquement apparenté à l’Ifá yoruba, dont le corpus compte aussi 256 parties, les odu.

Avec quoi le bokonon obtient-il un signe ?

Le plus souvent avec une chaîne de divination, l’akplɛkan, ou avec les seize noix de palme sacrées.

Pourquoi les paroles des signes ne sont-elles pas publiées ?

Parce qu’elles appartiennent à la transmission entre bokonon ; une encyclopédie peut documenter la tradition sans en publier tout le contenu.

Glossaire

  • Akplɛkan : la chaîne de divination du bokonon.
  • Ese : en yoruba, les vers du corpus d’Ifá.
  • Odu : en yoruba, chacune des 256 parties du corpus.
  • Signe majeur : l’une des seize figures fondamentales du Fâ, identique sur ses deux colonnes.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] MAUPOIL Bernard, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, Paris, Institut d’ethnologie, 1943.

[3] UNESCO, Patrimoine culturel immatériel, « Le système de divination Ifa », inscrit en 2008 (Nigeria). Consulter

[4] Smithsonian Center for Folklife and Cultural Heritage, « An Introduction to Fa Divination of Benin ». Consulter

[5] The Metropolitan Museum of Art, « Elephant figure », argent, cour d’Abomey, XIXᵉ siècle, notice et image en libre accès. Consulter

Sources

  • MAUPOIL Bernard, La Géomancie à l’ancienne Côte des Esclaves, 1943.
  • UNESCO, « Le système de divination Ifa », 2008.
  • The Metropolitan Museum of Art, « Elephant figure », cour d’Abomey.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Les seize signes du Fâ », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 027, mise à jour le 28 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/fa/seize-signes-du-fa/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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