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Qu’est-ce que le vodun ?

La religion des vodun

Entrée n° 032 Écrite par Wêtê Agbonon Mise à jour le 29 octobre 2026 Lecture 8 min Licence CC BY 4.0 Citer Imprimer Read in English

Le vodun est une religion africaine, née dans l’aire des langues gbe, du Ghana au Nigeria, et particulièrement vivante au Bénin, où elle organise la relation entre les êtres humains, les divinités, les ancêtres, la nature et la communauté. Appelé vaudou en français, il compte des centaines de divinités, les vodun, servies par des prêtres, des initiés et des familles, et il a traversé l’Atlantique avec la traite.

Au temple de Sakété, le vodun en quelques mots

Observation directeWêtê Agbonon, prêtre du vodun et bokonon du Fâ, au temple de Sakété

Si une personne me disait : « Wêtê, je ne connais absolument rien au vodun. Explique-moi simplement ce que c’est », je commencerais par lui dire ceci : le vodun est une tradition religieuse africaine, particulièrement importante au Bénin et dans les régions voisines, qui organise la relation entre les êtres humains, les divinités, les ancêtres, la nature et la communauté[1].

Mais cette phrase, à elle seule, ne suffit pas. Le vodun est aussi une manière de vivre, de transmettre, de respecter certaines obligations, de consulter, de célébrer, de demander protection, de remercier, et de comprendre sa place dans le monde. Au Bénin, il appartient à l’histoire de nombreuses familles et communautés, bien avant toute religion venue de l’extérieur. Il existe sous des formes différentes selon les régions, les langues, les familles et les lignées.

L’essentiel

  • Le vodun est une religion et une tradition vivante.
  • Il compte de nombreux vodun et de nombreuses traditions locales.
  • Il se vit d’abord dans les familles et les communautés, bien au-delà des cérémonies spectaculaires.

Le vodun se distingue entièrement de la sorcellerie, des malédictions et des poupées du cinéma[1].

Le vodun, les vodun

C’est pour cela que je préfère parler des vodun autant que du vodun. Lègba, Dan, Sakpata et Hèviosso sont des vodun distincts, chacun avec son histoire, ses attributs, ses traditions, et les familles ou les communautés qui le servent. Et une tradition de Sakété ne doit pas être présentée comme identique à celle d’Abomey ou de Ouidah. Il existe cependant un ensemble de principes qui permettent de reconnaître une même grande tradition[1].

Le Bénin présente lui-même ce panthéon à l’UNESCO, dans la candidature « Vodun, croyances, pratiques sociales et art de vie » : une tradition qui associe des croyances en des divinités, des pratiques sociales par les rituels et un mode de vie, où les divinités s’organisent selon les éléments, l’eau avec Tohossou, la terre avec Sakpata, l’air avec Dan et le feu avec Hèviosso, et où les ancêtres tiennent une place centrale[2]. L’historienne de l’art Dana Rush le décrit comme une religion ouverte, toujours inachevée, capable d’intégrer de nouvelles divinités et de nouvelles images[3].

Un Zangbéto en procession pendant la fête du vodun à Grand-Popo
Un Zangbéto en procession pendant la fête du vodun à Grand-Popo, le 10 janvier 2018 : le vodun se voit dans les grandes fêtes, mais vit d’abord dans les familles. Photo : Kulttuurinavigaattori, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, image modifiée.

Un Dieu suprême ?

Oui : dans les conceptions religieuses du Sud du Bénin, il existe un principe divin suprême, souvent nommé Mawu-Lisa dans les traditions fon et apparentées. Mais je conseille de ne pas expliquer le vodun en disant simplement : « Mawu-Lisa est le Dieu, et les vodun sont ses petits dieux. » Cette comparaison avec le christianisme peut aider à commencer, mais elle devient vite insuffisante. Les relations entre Mawu-Lisa, les vodun, les êtres humains, la nature et le monde invisible sont beaucoup plus complexes[1].

Les vodun sont des puissances divines avec lesquelles les communautés entretiennent des relations particulières. Dans certaines traditions, on rencontre aussi d’autres conceptions de la création et de l’organisation du monde. Une tradition ancienne dépasse tout schéma simple.

Des prêtres, des initiés, des familles

Le vodun a ses personnes chargées de la transmission et du service religieux : prêtres et prêtresses, vodunsi, responsables de maisons de vodun, et, selon les fonctions, spécialistes de certains domaines. Dans mon propre parcours, je suis prêtre vodun et bokonon ; le bokonon est lié au Fâ, et son rôle se distingue de celui des autres prêtres. Devenir prêtre ou entrer dans une initiation engage une transmission, des responsabilités, une discipline et des obligations ; et une partie de ces connaissances reste réservée[1].

L’initiation, que l’ethnomusicologue Gilbert Rouget a longuement photographiée, passe par le couvent, où les novices apprennent les chants et les danses qui leur permettront de mettre en communication les hommes et les dieux[4]. Les ancêtres, eux, ont leur culte propre, qui côtoie celui des vodun dans les mêmes maisons.

Une morale ?

Oui, mais je n’emploierais pas le mot « morale » de la même manière que dans un catéchisme. Le vodun implique des notions de respect, de responsabilité, de parole donnée, de relation avec la famille, avec la communauté, avec les ancêtres et avec les divinités. Il comporte aussi des interdits et des obligations. Un praticien ne peut donc pas dire : « Je crois au vodun, donc je peux faire ce que je veux. » La relation au sacré entraîne des responsabilités[1].

Pour moi, le respect de la parole, le respect des personnes, la maîtrise de soi et la capacité à reconnaître ses limites sont essentiels. C’est aussi pour cela que je me méfie d’une image du vodun réduit à « faire quelque chose à quelqu’un » : le vodun est bien plus vaste que l’action sur autrui.

Le vodun au Bénin aujourd’hui

Au recensement de 2002, le dernier détaillé par religion, 17 % des Béninois se déclaraient pratiquants du vodun, et 6 % d’autres cultes traditionnels, à côté de 27 % de catholiques et de 24 % de musulmans[5]. Ces chiffres sous-estiment sa place réelle : selon le rapport américain sur la liberté religieuse, beaucoup de Béninois qui se disent chrétiens ou musulmans pratiquent aussi le vodun ou d’autres religions traditionnelles[6].

Religion déclaréePart de la population en 2002
Catholicisme27 %
Islam24 %
Vodun17 %
Autres cultes traditionnels6 %
Christianisme céleste5 %
Aucune appartenance6,5 %
Les religions au Bénin selon le recensement de 2002, d’après le Département d’État des États-Unis ; beaucoup de fidèles mêlent plusieurs pratiques.

L’État reconnaît le vodun : une fête nationale lui est consacrée, désormais le deuxième vendredi de janvier, voir La fête du vodun ; un décret présidentiel du 13 septembre 2023 a créé un comité de neuf prêtres et spécialistes chargé de formaliser les rites pour le tourisme religieux[6]. Et le 17 mars 2026, le Bénin et Haïti ont déposé ensemble à l’UNESCO une candidature commune pour le vodou des deux pays[7]. Sur les mots eux-mêmes, voir Vodun, vaudou, voodoo.

Ce que j’aimerais que vous ayez compris

Si vous ne deviez retenir que cinq choses en quittant cette page, je voudrais que ce soient celles-ci :[1]

  • le vodun est une religion et une tradition vivante ;
  • il se distingue entièrement de la sorcellerie, des malédictions ou des poupées ;
  • il existe de nombreux vodun et de nombreuses traditions locales ;
  • les prêtres et les initiés ont des responsabilités et des connaissances transmises, et tout ne se montre pas au public ;
  • pour comprendre le vodun, il faut regarder la vie des familles et des communautés, et pas seulement les cérémonies spectaculaires d’un jour de fête.

C’est avec cette idée que je souhaite que l’on aborde toutes les pages de cette encyclopédie.

Ce que l’on sait, et comment on le sait

Ce qui relève de la tradition orale

Les récits sur les vodun, leurs familles et leurs maisons se transmettent dans les lignées et les couvents[1].

Ce qui relève de l’observation directe

La définition du vodun comme relation, et la place des familles, viennent de ma pratique[1].

Ce qui est documenté

La candidature du Vodun à l’UNESCO, le recensement de 2002, le comité des rites de 2023 et la candidature commune avec Haïti sont établis par les sources officielles[2][5][6][7].

Ce qui relève de l’interprétation

Parler des vodun autant que du vodun, et refuser le schéma d’un Dieu et de « petits dieux », est une lecture que je défends[1].

Ce qui reste discuté

La part exacte des Béninois qui pratiquent le vodun, souvent à côté d’une autre religion, reste difficile à mesurer[6].

Les erreurs fréquentes sur le vodun

  • « Le vodun, c’est de la sorcellerie. » C’est une religion, avec ses divinités, ses prêtres, sa morale et ses familles[1].
  • « Le vodun est une seule tradition, partout la même. » Il existe de nombreux vodun et de nombreuses traditions locales[1].
  • « Mawu-Lisa est Dieu, et les vodun sont de petits dieux. » Les relations entre eux sont bien plus complexes[1].
  • « Le vodun ne se vit qu’aux cérémonies. » Il vit d’abord dans les familles, au quotidien[1].
  • « Seuls 17 % des Béninois sont concernés. » Beaucoup de chrétiens et de musulmans pratiquent aussi le vodun[6].

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le vodun ?

Une religion africaine, née dans l’aire des langues gbe et très vivante au Bénin, qui organise la relation entre les êtres humains, les divinités, les ancêtres, la nature et la communauté.

Vodun et vaudou, est-ce la même chose ?

Oui : vaudou est la forme française du mot vodun. Le vodou d’Haïti en est une tradition parente.

Le vodun a-t-il un Dieu suprême ?

Oui, souvent nommé Mawu-Lisa dans les traditions fon ; mais les relations entre Mawu-Lisa et les vodun ne se réduisent pas à un Dieu entouré de petits dieux.

Combien y a-t-il de vodun ?

Des centaines : chaque vodun a son histoire, ses attributs et les familles qui le servent ; le Bénin en présente les principaux selon les quatre éléments.

Le vodun a-t-il des prêtres ?

Oui : prêtres et prêtresses, vodunsi initiés, responsables de maisons, et bokonon, les prêtres du Fâ.

Le vodun a-t-il une morale ?

Oui : respect de la parole donnée, des personnes, de la famille, des ancêtres et des divinités, avec des interdits et des obligations.

Combien de Béninois pratiquent le vodun ?

17 % se déclaraient pratiquants au recensement de 2002, mais beaucoup de chrétiens et de musulmans le pratiquent aussi.

Le vodun est-il reconnu au Bénin ?

Oui : une fête nationale lui est consacrée, et le Bénin prépare sa candidature au patrimoine immatériel de l’humanité.

Où le vodun est-il pratiqué ?

Au Bénin, au Togo, au Ghana et au Nigeria, et dans les Amériques, où il a traversé l’Atlantique avec la traite.

Par où commencer pour comprendre le vodun ?

Par les mots, avec l’entrée Vodun, vaudou, voodoo, puis par le Fâ, Mawu-Lisa, la fête du vodun et Ouidah.

Glossaire

  • Bokonon : le prêtre du Fâ.
  • Fâ : le grand système de divination du Sud du Bénin.
  • Gbe : la famille de langues du Sud du Bénin et du Togo, dont le fon.
  • Vodun : une divinité, et la religion qui sert les divinités.
  • Vodunsi : l’initié consacré à un vodun.

Notes et références

[1] Observation directe et transmission orale, Wêtê Agbonon, bokonon, temple de Sakété.

[2] UNESCO, Patrimoine culturel immatériel, « Vodun, croyances, pratiques sociales et art de vie », assistance préparatoire accordée au Bénin en 2025. Consulter

[3] RUSH Dana, Vodun in Coastal Bénin: Unfinished, Open-ended, Global, Nashville, Vanderbilt University Press, 2013.

[4] ROUGET Gilbert, Initiatique vôdoun. Images du rituel, Saint-Maur, Sépia, 2001.

[5] Département d’État des États-Unis, 2007 Report on International Religious Freedom : Benin, d’après le recensement de 2002. Consulter

[6] Département d’État des États-Unis, 2023 Report on International Religious Freedom : Benin. Consulter

[7] Juno7, « Le Bénin et Haïti unissent leurs forces pour faire inscrire les arts du Vodou à l’UNESCO », mars 2026. Consulter

Sources

  • UNESCO, « Vodun, croyances, pratiques sociales et art de vie », 2025.
  • Département d’État des États-Unis, rapports sur la liberté religieuse au Bénin, 2007 et 2023.
  • RUSH Dana, Vodun in Coastal Bénin, Vanderbilt University Press, 2013.
  • Observation directe et transmission orale, temple de Sakété, de 1994 à 2026

Citer cette entrée

Wêtê Agbonon, « Qu’est-ce que le vodun ? », dans Vodun Bénin, l’encyclopédie du vodun béninois, entrée n° 032, mise à jour le 29 octobre 2026. En ligne : https://vodunbenin.org/vodun/qu-est-ce-que-le-vodun/ (consulté le 1er novembre 2026). Licence CC BY 4.0.

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